Comment savoir si on a bien démarré son couple ?

Par Salomon Nasielski

Jadis, de nombreux couples étaient "arrangés" par les deux paires de parents. On fixait qui allait épouser qui, et pour quelles raisons. En général, c’était pour des raisons de conservation de propriétés, ou d’alliance entre familles, entre nations.

Ces couples ne démarraient donc absolument pas sur la rencontre de deux personnes tombant amoureuses l’une de l’autre. On pourrait donc croire que ces couples, n’étant pas fondés sur l’amour ni sur l’attirance, étaient voués à l’échec.

Or, pour beaucoup d’entre eux, ce ne fut pas le cas. Ces jeunes gens qui se trouvaient mariés avant d’avoir pu faire connaissance ont pu, avec les années de vie commune, avec les tâches liées aux naissances, se découvrir, en somme, "sur le terrain" conjugal. Et c’est sur cette base-là que se sont développés, progressivement, l’estime de l’autre, l’appréciation, la confiance, une certaine admiration, et, finalement, un très grand amour qui ne s’est pas défait. Ou du moins, pas si vite défait que dans nos mariages d’aujourd’hui qui, eux, se fondent sur l’amour et l’attirance réciproque avant tout.

Nous observons, aujourd’hui, une sorte de faillite de "l’entreprise couple". Chose d’autant plus étonnante qu’elle démarre habituellement sur la présence d’intenses sentiments, d’émotions fortes, d’attachement profond, de liens multiples et enchevêtrés. On pourrait dire que ce fait révèle un paradoxe étonnant : depuis quelques siècles, plus fort est l’amour, et plus friable est le couple, fait statistiquement établi.

Dans les propos des personnes acceptant l’échec de leur "entreprise couple", j’entends souvent que l’explication de cet état de fait tient à un mauvais choix des partenaires, à un "mismatch" initial. Sous-entendu, le mariage qui a échoué aurait probablement réussi si chacun de ses partenaires l’avait entrepris avec quelqu’un d’autre.

Et que constatons-nous ? En fait, que bien de seconds mariages aboutissent aussi l’échec, la séparation, au moins douloureuse, sinon belligérante. L’un de mes formateurs américains disait, un rien désabusé : "Il faut au moins deux divorces à certains pour qu’ils commencent enfin à comprendre ce que mariage veut dire."

Je pense, pour ma part, que l’entièreté de la séquence qui aboutit au scellement d’un couple est désordonnée.

Nous pensons devoir commencer par trouver la personne-partenaire qui convient. Pour les hommes, reconnaissons-le, ce sont les caractéristiques physiques de telle femme qui nous "ravissent", nous emportent dans un mélange de poésie, de folie, de désir, de voluptés anticipées ou éprouvées. En fait, nous cherchons d’abord la femme qui nous rend fou de bonheur. Pour les femmes, n’en ayant jamais été une, je ne suis pas habilité à dire comment une femme "tombe amoureuse" d’un homme plutôt que d’un autre. Je me suis laissé dire (et j’ai parfois lu) que ce sont d’autres éléments qui leur donnent l’impression d’avoir trouvé l’homme de leur vie. Ces éléments comporteraient des indices olfactifs, mais aussi visuels : ceux d’un physique annonciateur du "bon procréateur".

Quoi qu’il en soit des éléments qui nous font "tomber amoureux", ils laissent entièrement de côté la question : "Pour quoi faire me mettrais-je en couple plutôt que de vivre seul/e et libre de tout engagement ?" Autrement dit, un conjoint cohabitant, oui, mais pour quelle bonne raison ?

C’est ici que s’insère ma vision de la construction prometteuse d’un couple. Il s’agit d’une sorte de charte, de convention, sur laquelle l’autre et moi nous mettrions d’accord. Il s’agit donc de définir, avant toute chose, avant même de chercher les candidat/e/s, tout ce qu’il faudrait qu’il y ait dans mon couple pour que je puisse me dire que j’ai vraiment bien fait de me mettre en couple plutôt que de vivre seul/e.

Vous n’avez pas commencé comme ça ? Rien n’est perdu. Même si vous commencez à trouver que la vie de couple, pour vous, devient vraiment saumâtre, franchement décevante, et remplie de ressentiments, de déceptions, de colères ravalées à l’infini, au point que l’idée de la séparation vous trotte en tête, à l’un ou à l’autre, ou à tous deux. Et ce, d’autant plus que vous venez de faire la connaissance avec une personne qui, enfin qui..., oui, une personne vraiment intéressante...

Ma conception de la construction prometteuse en matière de couple se résume donc à ceci :

  1. Définissez, avec un maximum de points, importants ou de détail, tout ce que vous voulez trouver dans votre couple pour que vous en soyez vraiment très content.
  2. Définissez, de même, ce qui ne devrait jamais s’y trouver.
  3. Définissez, autant que faire se peut, l’amour que vous voulez donner à votre conjoint (formes, quantités, fréquence, etc.). En somme, vous tenez à être fournisseur de quoi ? Vous tenez à marquer votre trace comment ?
  4. Définissez, autant que faire se peut, l’amour que vous voulez recevoir de votre conjoint (formes, quantités, fréquence, etc.). En somme, vous tenez à être fourni/e en quoi, et comment ?
  5. Définissez clairement les activités communes qui compteraient pour vous.

Armé de cette liste, qui n’est qu’un début, vous pourrez mieux conduire votre quête du conjoint idéal.

C’est peu romantique ? Assurément. Mais songez un instant à un projet de vacances pour les deux prochains mois d’été. Vous cherchez à constituer une équipe de 10 à 12 personnes pour passer deux mois dans une ambiance amicale, fraternelle, où la règle du jour serait les plaisirs, les plaisirs, et encore les plaisirs. Sans autre précision, vous allez trouver des ivrognes, des bêtes de sexe, des bruyants, des fumeurs, des brutes violentes, des voleurs, des noctambules, que sais-je encore.

Comparez le résultat redouté ci-dessus avec celui que vous auriez droit d’escompter en recrutant au départ d’un projet bien plus détaillé, qui comporterait notamment un ensemble de règles (comme par exemple : respect, non-violence, etc.), établissement d’une liste commune à tous les amateurs énumérant ce qu’ils espèrent faire pendant ces vacances, et ce qu’ils ne veulent à aucun prix rencontrer dans ces vacances, et, en particulier, dans quelle région du monde ils souhaitent aller. Je pense que, déjà, vous imaginez bien que plus ce projet sera détaillé, plus vous aurez des chances de passer deux mois de vacances agréables, et que vous aurez, en plus, rencontré des personnes qui se sont révélées très intéressantes, que vous continuerez de rencontrer après...

Alors, toujours persuadé que c’est principalement le choix des partenaires qui est le meilleur prédicteur de la réussite de votre projet ? Ou commencez-vous à penser que c’est une certaine définition du contenu du projet qui devrait précéder le choix des partenaires ?

Alors, si ça semble valable pour deux mois, que dire de la valeur d’une telle séquence préparatoire pour un voyage de douze mois complets sur plusieurs décennies ?

Mettez donc bien en avant-plan de votre recherche le contrat de couple idéal pour vous, avant même de fixer vos préférences dans le choix du ou de la partenaire marital.

Et si vous êtes déjà en couple boiteux, orageux, ou simplement décevant, dites-vous que vous partez avec un avantage important. En effet, vous avez tenu dans un couple "sans plan" très longtemps et avec cette personne-ci, que vous croyez devoir quitter. En fait, il pourrait suffire de vous mettre d’accord, avec cette même personne, sur un contrat meilleur, sur une convention de couple enfin nommée, pour réussir votre couple avec cette même personne. Si vous avez tenu ensemble une vie sans plan, le pari gagnant est bien celui que vous tiendrez ensemble avec plus de satisfactions et de joies si vous mettez autour de votre duo un bon plan.

Salomon Nasielski est psychologue, psychothérapeute et thérapeute de couples en pratique privée. Il est aussi formateur de psychothérapeutes. Salomon a été un des pionniers de l’AT en Europe.

Formé à la thérapie analytique, il possède également une solide connaissance de la Bio-Energie, la Gestalt, la thérapie Systémique. Il fonde en 1977 de l’Atelier Transactionnel.
www.ateliertransactionnel.org

Article publié le 19 novembre 2017
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Nasielski Salomon - Atelier Transactionnel ASBL

Salomon Nasielski est psychologue, psychothérapeute en pratique privée, formateur de psychothérapeutes. Salomon a été un des pionniers de l’AT en Europe.
Formé à la thérapie analytique, il possède également une solide connaissance de la Bio-Energie, la Gestalt, la thérapie Systémique. Fondateur en 1977 de l’Atelier Transactionnel, où il est directeur de la formation.
- Tél. 32 (0)2 654 18 00
- Courriel : nasielski.s@skynet.be
- Site : www.ateliertransactionnel.org

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