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Travail systémique, travail sur les relations aux autres ou pas ?

Par Marina Blanchart

Et non, l’approche systémique stratégique de la thérapie brève n’est pas limitée à la résolution des problèmes avec autrui ! Même si elle permet de débloquer ce type de situation bien évidemment, elle permet tout autant un travail personnel sur la confiance en soi ou la procrastination…

Guillaume consulte pour ses relations extrêmement détériorées avec son épouse. Oui, nous pouvons l’aider en concrétisant ce qui pose problème, en dessinant ce problème, il prend conscience que plus il tente de savoir tout ce qu’elle fait, plus il vérifie son agenda et lui pose des questions sur qui elle voit et plus elle lui échappe, elle ne parle pas de ce déjeuner avec un collègue un peu trop beau gosse aux yeux de Guillaume. Et il devient fou quand il l’apprend par le biais d’un ami… [1]

Le travail de la séance consistera à lui montrer ce mouvement et à l’aider à traverser sa peur de perdre Marie qui est à l’origine de ses tentatives de contrôle. Ce travail nourri de reformulations stratégiques et de recadrages ou de métaphores (l’oiseau emprisonné dans la cage (même dorée) s’échappe à la moindre occasion, alors que si on le nourrit, mais qu’on le laisse libre, le rouge-gorge revient avec plaisir dans notre jardin…)

On lui propose donc en fin de séance une tâche thérapeutique qui sera de dire à Marie qu’il se rend compte qu’elle a besoin d’avoir une vie à elle et qu’il va lui aussi s’organiser un peu plus de moments à lui afin qu’ils puissent tous deux nourrir leur couple de cette manière ; on y ajoute un carnet de ces peurs afin qu’ils puissent les écrire quand il les ressent et ne plus en parler à sa femme.
Cette tâche va lui permettre de sentir comment Marie revient plus spontanément vers lui, comment l’ambiance est plus détendue et comment le carnet de peur est de moins en moins utile.

Voilà un travail effectivement extrêmement lié à la relation à l’autre, mais la systémique permet également un décodage des relations que nous pouvons avoir avec nous-même.

Par exemple, Annick consulte car elle est avocate et ne parvient pas à bosser autant qu’elle le devrait sur ses dossiers.
Très régulièrement, elle postpose et si un client l’appelle, elle dit qu’elle attend une réponse de la partie adverse, même si elle n’a pas fait son boulot. Elle arrive au bureau et passe beaucoup de temps sur ses mails ou sur internet, va boire un café et ne parvient vraiment pas à s’y mettre. Elle procrastine.

Quand elle s’y met, c’est qu’elle y est obligée : audience ou rendez-vous et là, elle est d’une efficacité redoutable, mais également très en zone d’inconfort.
Elle consulte car cela ne lui convient pas, elle culpabilise et se répète constamment : « je dois m’y mettre absolument !!! Il faut que ça avance ! », mais cela ne fonctionne manifestement pas.
La séance va permettre de lui faire sentir comment elle n’est finalement efficace qu’en dernière minute et qu’elle ne parvient à travailler qu’avec l’urgence qui la talonne, que plus elle se met la pression d’elle même, moins cela lui permet d’avancer. La logique voudrait donc qu’on l’aide à s’enlever cette pression interne qui ne fonctionne et qui la dégoute plutôt du travail. On sait comment l’obligation tue le désir…

Nous lui donnons comme tâche de se donner une première occasion le lendemain de notre entretien : de s’y mettre le matin en arrivant au bureau ; elle a l’occasion de travailler de 9h30 (après le sacro saint café) à 11h30 en choisissant un dossier à sa guise et soit effectivement, elle s’y met et du coup, elle est libre de poursuivre son travail les 3 jours qui suivent, soit elle ne parvient pas à travailler ces 2 heures-là et on lui interdit alors de toucher à quelque dossier que ce soit l’après-midi et les 3 jours suivants. Elle répondra à ses mails, ira surfer sur le net… fera tout ce qu’elle a l’habitude et le plaisir de faire, cela signifiera qu’il n’y a pas d’urgence suffisante pour travailler.
Car si l’obligation tue l’envie, l’interdit l’exacerbe !
Dans le cas où elle se retrouverait dans cette deuxième situation, nous lui demandons aussi de réfléchir aux inconvénients qu’elle aurait de parvenir à faire son travail autrement qu’en urgence, à devenir quelqu’un de sérieux (d’ennuyeux ?) qui ne peut plus suivre certains sites ? à qui on confie plus de dossiers ? des dossiers plus importants ? car comme elle l’a exprimé plus tôt, une part d’elle-même la sabote et ce serait intéressant d’entendre les bonnes raisons qu’elle a à la saboter…
Cet exercice est à répéter tous les 3 jours…

Nous sommes donc dans une situation de problème de soi à soi, mais de problème quand même et pour Annick, la souffrance ne vient pas des autres, mais bien des interactions qu’elle a avec elle-même. Nous allons donc travailler sur ces interactions pour les changer et aider Annick à retrouver des interactions fonctionnelles avec elle-même plutôt que des exhortations vaines et qui la mettent encore davantage en souffrance.
La peur d’Annick de ne pas pouvoir travailler les 3 jours suivants font monter la pression extérieure et l’idée que cela lui soit interdit est insupportable et la conduit à s’y mettre et comme souvent, le problème d’Annick n’est pas tant de travailler mais de se mettre en route alors que d’autres tentations sont présentes.
Et si elle n’y va pas, elle est encore gagnante, car elle peut vraiment profiter à loisir et pas en douce des plaisirs d’Internet, ce qui peut la saturer davantage que lorsqu’elle les vole à sa propre personne.

Nous travaillons donc systématiquement avec ce dessin « Mapping » [2] qui nous permet de décoder de manière systémique les situations avec tous leurs aspects internes et externes et de les débloquer en bloquant les réactions (appelées tentatives de régulation par Gregory Bateson) que notre patient met en place et qui maintiennent ou aggravent ce qui lui pose problème, ce qui lui amène de la souffrance.
Si nous ne pouvons pas arrêter la souffrance, nous pouvons au moins aider l’autre à arrêter de lui permettre de continuer en arrêtant de nourrir le système « dysfonctionnel » [3], le cercle vicieux qui le coince.

Marina BLANCHART dirige le Centre VIRAGES. Master en psychologie clinique (1995), Formée en thérapie brève à l’Institut Gregory Bateson et à Paris avec l’équipe de Giorgio Nardone. Elle exerce comme thérapeute et propose également des supervisions individuelles et collectives.

[1Le Mapping de Guillaume est évidemment simplifié pour l’article, on pourrait y ajouter d’autres dimensions, mais il semble prioritaire de montrer le mouvement dans lequel il est coincé

[2Ce terme de Mapping propre à VIRAGES représente le décodage systémique ; il peut aussi être décrit différemment.

[3Dysfonctionnel au sens où il fait souffrir la personne prisonnière de ces boucles interactionnelles


Article publié le 5 avril 2015
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Virages - Marina Blanchart

VIRAGES est un Centre de recherche, de formation et d’interventions systémiques et stratégiques.
Marina BLANCHART dirige le Centre VIRAGES. Master en psychologie clinique, Formée en thérapie brève à l’Institut Gregory Bateson et à Paris avec l’équipe de Giorgio Nardone.
- www.virages-formations.com pour la thérapie
- et www.virages-entreprises.com pour le coaching stratégique.
- info@virages-formations.com

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