L’approche de Palo Alto et les consultations en équipe.

Par Marina Blanchart

Une envie de par­ta­ger la qua­lité d’un tra­vail d’équipe, de consul­ta­tions en équipe, cinq thé­ra­peu­tes, chacun suit son patient à tour de rôle et les autres regar­dent la consul­ta­tion et peu­vent inter­ve­nir par télé­phone de temps en temps. Il n’est pas ques­tion de 10 appels durant l’heure de consul­ta­tion, mais juste de com­plé­ter cer­tains points d’inter­ro­ga­tion, de ques­tion­ner le com­ment le pro­blème fonc­tionne pour l’empê­cher de conti­nuer à faire souf­frir ce patient cou­ra­geux qui devant la caméra se confie en confiance…

En thérapie brève, nous proposons une tâche en fin de séance et une pause s’impose pour le thérapeute qui rejoint l’équipe afin de trouver celle ou celles qui seront les plus aidantes pour aider le patient, celles qui ne permettront plus au problème de continuer de fonctionner, celles qui arrêteront ces fameuses tentatives de régulation, ennemies jurés du thérapeute Palo Altien.

En quelques mots, les tentatives de régulation sont toutes les réactions que nous avons dans la vie face à une difficulté et qui, plutôt que de la régler ou de la réguler, la maintiennent ou l’aggravent.

Ces journées de consultation en équipe sont évidemment une richesse pour le patient qui a cinq cerveaux en recherche de comprendre le système dans lequel il souffre pour ensuite, tenter de trouver comment arrêter ce système et y induire du changement.

Par exemple, Olivier, 46 ans, arrive et explique d’emblée qu’il a fait une grande découverte cet été. Après plusieurs années de psychothérapie et plusieurs stages de développement personnel, il a eu un déclic et il a enfin compris qu’il peut être aimé. Il a décidé, nous dit-il, de se donner ce droit-là. Il a alors fait deux stages où il se sent parfaitement en connexion avec lui-même, ce sont des moments de grâce, en plein nature, on jeune, on médite et le déclic lui semble avoir transformé sa vie. Fini l’auto-sabotage, fini la fuite dans la nourriture ou la boisson, fini la procrastination…

Septembre revient et avec lui, la chute des feuilles et de l’illusion… Olivier ne comprend pas comment il est rattrapé très rapidement par ce qu’il nomme « ses démons », son côté plus paresseux, ses envies de trainer sur l’ordinateur plutôt que de faire ce qui doit être fait, l’envie d’un verre d’alcool plutôt que de jus de légumes et progressivement, il ne retrouve l’Olivier de l’été, celui qui était connecté à lui-même, si parfaitement connecté !

« Je manque de confiance en moi et je n’y arrive plus !! Je viens vous voir pour que vous puissiez m’aider à changer, à me transformer pour pouvoir m’aimer. »

Dans notre approche, toujours en recherche de comment la personne fait pour continuer à souffrir, nous nous demandons comment Olivier maintient son problème, sa souffrance actuelle.

En lui posant la question, un peu différemment, il faut bien l’admettre, il nous dit qu’il s’efforce de faire des choses pour se faire plaisir, qu’il tente en vain de se changer, qu’il lutte sans succès contre ses « démons », tente de limiter sa consommation d’alcool, de ne pas trainer trop longtemps sur des jeux d’ordinateur. Il fait un peu de méditation, mais sans en avoir vraiment ni l’envie, ni le plaisir qu’il en attend. Il s’en veut d’être incapable de se dominer et de continuer à se saboter alors qu’aujourd’hui, il « sait » qu’il mérite d’être aimé.

Olivier est un de ces patients qui nous embarque facilement dans ce qu’on appelle dans notre approche un but conscient. C’est un objectif terriblement logique pour tout le monde et donc souvent encouragé par l’entourage et malheureusement également par les psy ou les coachs, c’est un piège pour tout ceux qui veulent tellement aider l’autre qu’ils ne voient pas quand les aider devient un moyen supplémentaire de renforcer une lutte et une énergie supplémentaire déployée en vain. Prendre cet objectif comme l’objectif de l’intervention alors que le patient s’y casse les dents, que d’autres s’y sont cassés les dents risque de renforcer le sentiment d’échec et d’éloigner ainsi l’objectif.

Ici, pour Olivier, il s’agit de changer pour pouvoir s’aimer. Il déclare comme beaucoup de patients manquer de confiance en lui et vouloir apprendre à s’aimer en devenant celui qu’il rêve d’être, celui qu’il a pu être durant les vacances…

Une des premières manœuvres est de lui dire que s’aimer, ce n’est pas se transformer, mais s’accepter avec ses faiblesses, ses limites, sa procrastination, son envie de jouer aux jeux sur le web plutôt que de faire une des actions prévues sur sa todo liste d’une longueur complètement démoralisante pour n’importe quel être humain… et là, il fond en larme, car effectivement, il prend conscience qu’il ne s’aime pas ainsi.
Nous mettons en avant combien il est facile de s’aimer zen et connecté à lui-même et à la nature, pied nus dans le sable en pleine semaine de jeune et de méditation guidée, combien c’est autre chose de s’accepter avec ses défauts, mais que c’est à ce prix qu’il pourra s’aimer vraiment et par là, être aimé des autres…

La prise de recul que permet l’équipe permet évidemment de mettre plus rapidement en avant ce processus, permet au thérapeute de ne pas tomber dans ce piège de dire à Olivier : « bien évidemment, nous allons chercher ensemble comment changer… » au contraire en freinant le changement, en travaillant avec Olivier sur comment vivre avec ses défauts et progressivement les regarder en face pour les accepter, il pourra trouver une nouvelle connexion avec lui-même qui sera tout bénéfice pour lui. Découvrir qu’avoir confiance en soi, ce n’est certainement pas être parfait, vu que la perfection n’est pas forcément un choix disponible, mais qu’avoir confiance en soi, c’est davantage pouvoir accepter et assumer ses limites.

Avec d’autres patients, nous pourrons travailler tout autrement la confiance en soi, mais nous ne prenons jamais cela comme objectif premier.
Quand Clélia consulte en disant qu’elle manque de confiance en elle, elle parle de sa peur de ne pas être à la hauteur, d’être jugée dans les groupes. Nous la questionnons sur les contexte où cette peur apparaît et il semble que c’est généralement dans les moments d’échange en groupe lors des cours de travaux pratiques. Elle évite alors les autres étudiants et attend que l’on vienne vers elle, la peur au ventre que personne ne fasse la démarche. Lors des temps de préparation du travail, elle s’exprime peu de peur d’avoir l’air idiote, de dire un truc à côté ; elle reste relativement isolée.

Après lui avoir demandé si elle avait le sentiment que ce mutisme la mettait en valeur, si cela lui redonnait cette confiance qu’elle souhaitait acquérir, nous soulignons sa réponse négative à ces questions recadrantes.
Nous lui proposons d’afficher plutôt que de cacher, c’est-à-dire d’utiliser la peur qu’elle ressent. Quand elle se retrouve dans une de ces situations, nous lui demandons de se poser la question : « de quoi ai-je peur ? », « que peut-il m’arriver ? » et quand elle a la réponse, elle va la verbaliser.
Si par exemple, sa peur est de déranger en allant vers un groupe, elle peut leur dire « excusez moi, je vous dérange peut-être, mais ça vous dirait de faire le travail ensemble ? » ou si la peur lui dit que sa suggestion pourrait être stupide, d’exprimer : « c’est peut-être une remarque stupide, mais moi, je ferais ainsi… ». Si les autres rient ou ricanent, elle pourra donc dire : « je le savais que c’était stupide ! » en riant avec eux.

Nous lui proposons aussi de commencer par des groupes qui ne lui ont pas l’air trop chouettes afin de ne pas se mettre la pression, ainsi, ce sont des groupes exercices où elle pourra dire beaucoup de stupidités avec peu d’enjeu de plaire.

Ces tâches sont inévitablement des réussites pour Clélia car soit elle est bien accueillie, ce qui lui permet de gagner en confiance et en expérience de prise de risques sociaux, soit elle est mal accueillie et elle apprend à traverser sa peur, elle sait par la suite être capable de vivre un échec relationnel. Tant qu’elle est tétanisée et qu’elle évite la situation, elle se prive de ces expériences, de ces apprentissages et ne peut évoluer, grandir en intelligence relationnelle. De plus, à chaque occasion qu’elle ne saisit pas, cela renforce son sentiment d’être incapable de faire face à de telles situations.

Pour conclure, je souhaite insister sur l’intérêt du travail de groupe, des intervisions ou de la supervision qui permet également une prise de recul tellement importante dans nos métiers où l’humain imparfait aide l’autre humain.

Ces deux situations montrent comment l’approche stratégique se penche sur le comment le problème se nourrit des tentatives de régulation et comment nous cherchons à travers les recadrages et les tâches à permettre à nos patients d’arrêter le système qui le maintient en souffrance.

Marina BLANCHART dirige le Centre VIRAGES. Master en psychologie clinique (1995), Formée en thérapie brève à l’Institut Gregory Bateson et à Paris avec l’équipe de Giorgio Nardone. Elle exerce comme thérapeute et propose également des supervisions individuelles et collectives.

Article publié le 12 février 2017
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Virages - Marina Blanchart

VIRAGES est un Centre de recherche, de formation et d’interventions systémiques et stratégiques.
Marina BLANCHART dirige le Centre VIRAGES. Master en psychologie clinique, Formée en thérapie brève à l’Institut Gregory Bateson et à Paris avec l’équipe de Giorgio Nardone.
- www.virages-formations.com pour la thérapie
- et www.virages-entreprises.com pour le coaching stratégique.
- info@virages-formations.com

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