Témoignage

Soyons Psycho-sophe

Par Jacques LUCAS, futur ex-psychothérapeute

L’ amendement « Accoyer », régissant l’exercice du métier de psychothérapeute sera applicable à la rentrée. Des milliers de psychothérapeutes ( ni médecin, ni psychologue, ni psychanalyste : les « ni-ni-ni » ) se retrouveront au chômage ou poussés dans l’illégalité. Une issue pourrait se profiler à l’horizon : devenir psycho-sophe.

Le titre de psychothérapeute doit sa notoriété à l’émergence des thérapies modernes dans les années 70 : psychothérapies de groupe, psycho-corporelles etc ... . C’est également, parce qu’ elles s’adressaient à un public plus large que le monde de la vraie maladie mentale : le monde du « développement personnel », qu’elles ont donné la noblesse au titre.
Auparavant les psychanalyses, principalement, s’intéressaient au psychisme et à la souffrance mentale. Mais les praticiens se qualifiaient d’analystes ou psychanalystes.

Les psychiatres ont mission de suivre les pathologies lourdes. Il leur est difficile de conduire efficacement des psychothérapies dans le cadre d’une consultation classique de 10 minutes entrecoupée d’appels téléphoniques : ça ne favorise guère le travail en profondeur. Si bien que souvent, la pharmacopée est le seul recours pour soulager les patients ce qui réjouit es lobbys pharmaceutiques. Et on s’étonne de voir la France être le 1er pays consommateur de psychotropes. Et on se plaint des trous de la « sécu » … !

Les psychologues, eux, exerçaient surtout en institution ou en entreprise. Leur travail était peu thérapeutique ( cadre, processus, engagement financier du patient etc …), plutôt du conseil et de l’évaluation.

Demain, le titre de psychothérapeute sera réservé aux médecins, aux psychologues et aux analystes. Les vieux psychothérapeutes devront se mettre à niveau à la faculté.

Les politiciens disent avoir profité de la situation pour protéger la société d’un danger : la subversion véhiculée par les sectes. Ils localisent une des racines du mal dans la soumission à la volonté d’autrui … (ou à contrario dans l’émancipation) ! Il est vrai qu’une réelle remise en cause personnelle provoque aussi la remise en cause des systèmes dans lesquels nous sommes baignés. (Parmi tous les collègues que je connais, et j’en connais beaucoup, aucun n’est affilié à une secte.)

Il est évident que l’état ne pouvait reconnaître et valider des écoles privées de psychothérapie qui échappent à son contrôle ? La loi inclut la psychanalyse dans son projet parce qu’elle est enseignée à la faculté mais c’est l’état qui depuis longtemps a fait la démarche de l’inclure dans l’enseignement théorique ! Théorique, car le savoir et la connaissance (l’expérience) sont deux choses différentes : la vocation des facultés est de prodiguer un savoir alors que l’analyse et les psychothérapies invitent à explorer, en soi, un champ constitutif d’expériences et donc de connaissances. C’est très différent.

A priori, la psychanalyse se tire bien de ce récent guêpier. Elle devient la référence, la seule méthode reconnue par l’état ! Un analyste pratiquera l’analyse qu’il pourra qualifier de « psychothérapie ».
Par contre, le travail « analytique » et les psychothérapies des médecins généralistes, pressés par le temps et non formés ne sera sûrement pas de même qualité.
D’autre part, nous connaissons tous, nous psychothérapeutes, les limites de la technique analytique. Nous proposions une alternative qui a fait ses preuves et séduit le public au point d’en supplanter l’image. Alors, je suis prêt à parier, dans ces conditions, que l’image du titre de psychothérapeute se ternira vite dans l’esprit du public.

Aujourd’hui : « out » les psychothérapies qui ont fait la réputation du titre ! Pourtant, les psychologues et médecins que nous suivons, disent d’emblée que leur cursus a été fondamental sur les plans personnels et professionnels. Et ceux, formés dans les écoles de psychothérapie, reconnaissent sans réserve que ce complément de formation est majeur et devient même le cœur de leur pratique.

Psychothérapeute depuis 12 ans, sans référence universitaire, j’ai 50 ans ; je suis titulaire d’une association de professionnels et du C.E.P. Que vais-je faire ? Je ne peux me mettre au chômage et laisser tomber ma clientèle ? Je continuerai donc à exercer ( la relation n’est pas du domaine du législateur). Mais sans titre ! Si bien que, avec le temps, ma clientèle rétrécira comme une peau de chagrin !!! ( plus de pages jaunes ni de relationnel auprès de correspondants etc …).
Aller sur les bancs de la faculté de psychologie pour étudier la psychopathologie à laquelle je suis déjà formé ! (Nous avons trois ans pour acquérir les titres universitaires.) Si je dois me résoudre à cela, je le ferai à condition que mon emploi du temps me l’autorise. Comment concilier études, vie professionnelle et vie personnelle ? A plus de 50 ans !
Mais le problème de fond reste : la spécificité de ce qui constitue l’essence de notre travail ! Psychologues, psychiatres, analystes, médecins généralistes etc …, tous, nous compris, dans le même bain, avec le même titre ! Un tel amalgame est trop disparate. Savoir et connaissance ne peuvent être confondus sans créer trouble et confusion. Aurons nous les moyens de nous distinguer et faire valoir nos originalités qui, je le répète, ont fait la notoriété du titre mais qui sera vite terni dans ces conditions ?

Ayant, quelques peu, gagné en sagesse ces derniers temps, je me poserais volontiers en tant que psychosophe. En effet, je m’intéresse et travaille avec le psychisme mais ma démarche déborde le cadre restreint du « bien-être ». Je suis aussi en quête de vérité, du juste, du beau. De sagesse ! Et je me réjouis quand j’assiste à l’émergence de cette maturité-sagesse chez mon patient. Je précise que, bien sur, cette sagesse ne m’appartient pas, pas plus que la Loi, centre du travail psychothérapeutique. Ce terme de psychosophe regroupe mes aspirations personnelles et mes humbles prétentions à l’accompagnement vers un monde meilleur. Et je crois que ce sont là des points communs qui nous réunissent tous, chers collègues.

Les différentes philosophies ont le même but : l’intégration du bonheur, la sagesse. Il y a aussi une pluralité des approches psychothérapeutiques. La psychosophie pourrait regrouper les différentes obédiences travaillant sérieusement sur le psychisme et qui visent bonheur et sagesse.

Et si demain, nous décidions tous, nous psychothérapeutes « ni, ni, ni », de créer et protéger ce titre de psychosophe ? Forts des expériences passées, nous saurions bien mieux nous protéger. Par exemple une instance européenne, composée des professionnels qui nous représentent ( fédérations, syndicats, associations), validerait les candidats (issus des différentes mouvances ou écoles, connues aujourd’hui mais aussi à venir) à l’obtention du titre labellisé, et veillerait au respect de la déontologie à laquelle nous adhérons déjà, ainsi qu’au sérieux et à l’efficacité des méthodes enseignées dans les écoles formatrices ? Une information du public pourrait être faite, au niveau européen comme dans nos cabinets.
Et enfin, si nous sommes suffisament nombreux à être parés du titre de psychosophe, nous pourrons obtenir des pages jaunes de nous créer une rubrique ... !
Alors, je suis sur que sa notoriété serait faite en quelques années, au plus. L’héritage de nos techniques et méthodes serait préservé. Nous deviendrions sûrement, en peu de temps, une référence vis-à-vis du public comme du pouvoir en place, ceci sans chiner sa reconnaissance. Socialement, nous serions émancipés de pères et mères tout en respectant et appliquant les grands principes du vivant : le respect de soi et de l’autre, l’ouverture au « nouveau ». Adultes, responsables, créateurs et autonomes.
Pour nous, déjà en place, cela ne changerait donc rien ; juste le titre.

Les pouvoirs en place ne veulent pas de nous ni reconnaître notre valeur mais nous avons quand même le droit d’exister. Par fidélité et engagement auprès de nos clientèles et cela donne sens et poids à notre détermination à poursuivre notre œuvre : « l’art de la relation », le soulagement des souffrances d’autrui, la recherche d’une sagesse incarnée et la transmission de nos méthodes. Nous avons trois ans pour juxtaposer puis démarquer psychothérapies et psychosophies.

- Jacques LUCAS
futur ex-psychothérapeute à Narbonne et Montpellier

P.S. : j’attends vos réactions : jacluc@wanadoo.fr

- Réagissez dans nos forums en cliquant ici



Publié le 21 octobre 2006
Cet article vous a intéressé ? Restez informé des nouveautés en vous abonnant à notre newsletter.

Avertissement
L'information diffusée sur Mieux-Etre.org est destinée à encourager, et non à remplacer, les relations existantes entre le visiteur du site et son médecin ou son thérapeute.
Mieux-Etre.org
© sprl Parcours
Tous droits réservés
Mentions légales