Senior ? L’enjeu et le défi

Par Diane Saunier

Nouveau coeur de cible des stratèges des media et de l’économie de marché, les seniors sauront-ils s’affirmer au-delà d’une perspective matérialiste ? Ou succomberont ils à un système qu’ils ont instauré et bâti tout au long de leur vie ?
Les aventuriers de l’axe horizontal, individualiste et économique, sauront ils devenir les éclaireurs d’un axe vertical, celui de la Vie, de la Conscience, de l’Etre.
L’opportunité est là, avec les 20, 30, 40 années de longévité active qui se profilent à l’horizon de la retraite. Quel sens et quelle direction leur donner ? Pour quel accomplissement ? Pour quel apport au collectif ?
Passer de l’irresponsabilité d’un modèle de « survie d’abondance » à une nouvelle intelligence de la vie et de l’être implique un saut évolutif individuel et collectif majeur.

L’illusion de la personnalité


1950-2000. Durant la deuxième moitié du XXème siècle, les seniors - les aînés mais particulièrement les baby-boomers, nés entre 1930-1960 - ont porté à son paroxysme un modèle quasi exclusif en Occident, particulièrement affirmé en France : celui de l’individualisme et de l’image. Ainsi s’est composée la personnalité, une « création » qui a tout envahi…

L’individualisme est fondé sur le principe de séparation, de comparaison, de compétition et de possession.
L’image priorise le rôle, le statut, les systèmes de représentation extérieurs, en un mot, les « écrans » !
La personnalité est construite sur les besoins et les manques, nourrie de désirs, d’attachements, d’attentes, d’exigences, de manipulation… Cherchant sans fin à prouver…et à se prouver qu’elle existe, l’insatisfaction est son état naturel !
La personnalité est maîtresse en l’art des systèmes d’illusion. Elle vit par les multiples écrans qu’elle interpose entre le monde et l’être. Ecrans sociaux, écrans de la consommation toujours plus sophistiqués, écrans des technologies envahissants, écrans psychologiques, écrans des peurs….
Des écrans dont la principale finalité est de nous couper de nous-même pour servir le système marchand.

L’axe horizontal : survie d’abondance, frustration et peur

Les seniors ont ainsi mis en place un axe horizontal matérialiste, dominé par le tout économique, le tout technologique, avec le profit comme finalité exclusive. Et dans la conviction du contrôle et de la maîtrise du monde.

Cette génération d’experts du monde extérieur a institué le triptyque « Consommation - Communication/image - principe de plaisir/hédonisme/ jouissance immédiate », qui a déterminé les modes de vie, les valeurs de société ainsi que le modèle de croissance actuellement à l’œuvre.
Avec comme trame de fond une croyance en l’éternité et un déni du vieillissement.

Tout au long de cette culture de l’avoir et du faire, devenue culture de la peur et de la sécurité, les seniors ont vécu à la périphérie d’eux-mêmes donc loin des questions essentielles, sans autre vision qu’un court terme qui servait leurs intérêts immédiats.

Ainsi est née une société de survie d’abondance, qui entretient pratiquement exclusivement les besoins de base des trois premiers niveaux de la « Pyramide de Maslow » : besoins physiologiques, besoin de protection et de sécurité, besoin d’appartenance.

L’humain est ainsi devenu - à son insu mais avec son accord inconscient - ce qu’il n’est pas : un consommateur obéissant, asservi et hypnotisé de produits et services matériels et immatériels toujours plus sophistiqués… mais appartenant toujours à la sphère des besoins.

Ainsi s’est développée une société de la frustration, la consommation ne pouvant en rien combler le vide d’être mais au contraire l’exaspérant.

Ainsi s’est enraciné un état diffus de peur - peurs alimentaires, peurs liées à l’environnement, à la santé, à la naissance, à l’avenir, à l’engagement…-, que les seniors ont cru éradiquer au travers de multiples principes de précautions et de traçabilité.

Or en arrivant dans cet âge charnière de la retraite, les seniors trouvent d’autres peurs qu’ils n’avaient nullement anticipées… Des peurs d’une autre nature, existentielles et obsédantes : peur de n’être plus rien, peur de vieillir, peur du vide lorsque l’on a vécu toute sa vie à l’extérieur de soi.
Peur d’être passé à côté de sa vie sans avoir accompli ce pour quoi nous sommes là.
Peur d’être et peur de ne pas être, peur de vivre et de mourir, peur de se rencontrer… Quand les vraies questions surgissent… c’est la panique à bord du continent senior !

S’il existe un arsenal de mesures pour les peurs extérieures, la collectivité et les individus sont paradoxalement bien plus démunis face aux envahisseurs que sont les peurs intérieures. Des envahisseurs qui profitent de ce que le maître des lieux s’est absenté, tels les courtisans de Pénélope alors qu’Ulysse vivait son Odyssée ! Les peurs prolifèrent en l’absence de l’être, elles se développent dans l’absence à soi-même, dans la non présence.

Des manques à la réalisation de soi

Après les premiers niveaux de la satisfaction des besoins de base matériels et émotionnels, la « Pyramide » de Maslow propose de rencontrer aspirations et idéaux. Alors que la satisfaction sans fin des besoins installe manque, dépendance… et insatisfaction profonde, la réalisation et l’accomplissement de soi sont porteurs et donnent des ailes, tout en réhabilitant la confiance et l’estime de soi.

Jusqu’à aujourd’hui, la société occidentale - donc ses seniors fondateurs des modèles à l’oeuvre- n’a pas créé les conditions favorables à la libre expression de ce qui nous épanouit. Elle n’en a pas reconnu la nécessité. Là est l’enjeu pour eux.

Les seniors ont eu tout le temps d’expérimenter et de vivre les premiers niveaux des manques et besoins. Par contre, l’absence d’accomplissement personnel est le plus souvent vécue en frustration et en démotivation… sans même qu’ils sachent ni comprennent pourquoi.

Avec le bonus inespéré d’une longévité en grande forme, avec les décennies de vie active qui se profilent, quel sens et quelle direction vont-ils donner à ce nouvel âge à inventer ? Consommer ? S’occuper ? Ou Etre et Vivre ?

Etre ?

Si le XXème siècle a vu le règne de la personnalité, le 3e millénaire s’ouvre à l’être et aux qualités d’âme. Mais qu’est ce que l’être ?

Je le définirai comme un état de conscience orienté sur les demandes de l’âme, du cœur et du corps.
L’être pose la question du sens, des idéaux et des buts supérieurs de l’âme.
Il n’est pas le repli narcissique sur soi, mais l’entrée en soi pour retrouver son fil directeur, sa veine principale, son courant majeur.
L’être n’est pas pure méditation et retrait du monde comme certains tendent à le croire. Il est au contraire engagement et action dans le monde extérieur, mais à partir de son centre, et dirigé par le sens et la justesse intérieure.

Tout comme nos pensées et émotions ne sont pas visibles dans leur émission mais sont totalement visibles dans leurs effets, son registre est celui de l’impalpable, de l’invisible, mais sur un autre plan de réalité. L’être est au-delà du champ du psychologique, dans le champ de l’essentialité.

Il est sans âge, sans catégories socioprofessionnelles, sans modèles puisqu’il ne s’occupe que de l’original : les rêves, talents, passions, idéaux, projets de vie.
On pourrait lui associer les mots de l’essence, de la musicalité, de l’accord, du diapason, tous évocateurs d’une vibration subtile.
Rien de plus universel que l’être, puisque c’est notre état fondamental. Voilà pourquoi chacun, s’il le désire et en mesure les enjeux, peut y accéder. Point de diplôme universitaire, juste la présence à soi.

L’axe vertical et le défi de la transition

Les seniors qui ont la maturité, l’expérience, le recul et un potentiel de générosité inaccompli, sauront ils faire ce passage de la personnalité à l’être et aux qualités d’âme ?

Sauront ils, après l’axe horizontal dont ils ont fait leur principal horizon, mettre en place un axe vertical -l’indispensable colonne vertébrale- porté par le sens, la vision, la conscience et le cœur, dans le respect de la vie jusque là oubliée.

Sauront ils, en ce début de troisième millénaire, procéder à ce renversement de perspective qui est aussi un changement de paradigme ? Car l’Etre représente le passage d’un niveau de conscience à un autre pour changer d’objectifs et de choix de vie. C’est la question qui leur est posée.

Mais dans une société où il n’y a pas d’apprentissage à être soi et ou la notion de projet de vie reste exceptionnelle, comment faire ?

Les seniors de 50 à 101+ ans n’ont pourtant pas dit leur dernier mot. Car derrière les masques de la personnalité et de la peur, je fais l’hypothèse que le plus grand nombre a cette attente d’intériorité, sans oser ni savoir la formuler, face à la myopie des dirigeants orientés sur l’évènement, le divertissement et la consommation.

Senior, un âge qui reste à inventer.

Senior ! L’âge alchimique de celui qui transforme son expérience en or pour la transmettre et ensemencer le futur.
L’âge pour commencer à Etre, découvrir une jeunesse de cœur et retrouver les grands fondamentaux de l’humain.

L’être est un devenir, un « s’accomplir ». Il est flux, résonance, liberté véritable, comme l’a pressenti Mihaly Czikenmihaly dans son ouvrage « Vivre ou la psychologie du bonheur ».
Je dirai qu’il est notre centre, notre noyau d’énergie, notre essence ou notre transparence. Et que les mots sont impuissants à le cerner… puisque l’être est juste à vivre… ou juste une façon de vivre !!!
L’Etre inaugure le passage de la conscience ordinaire à la conscience amplifiée, élargie, étendue.

Diane Saunier, Coach, Communication et modes de vie, Chargée de cours, Ecrivain.



Diane Saunier est l’auteur de « SENIORS L’AGE D’ETRE, La vie devant vous » Editions Dangles, donne des clés de conscience et des outils pratiques pour se rencontrer et développer son projet créatif.


Article publié le 16 septembre 2006
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Saunier Diane

Diane Saunier est Coach spécialisée en Communication et modes de vie. Elle est aussi chargée de cours, écrivain et conférencière.

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