Les thérapies Familiales (I)

Par François-Xavier Colle, psychologue, psychothérapeute

I. Historique

Le courant des thérapies familiales se développe aux Etats-Unis à partir des recherches sur la communication en 1951, dans les familles ayant un patient schizophrène. Les travaux de Gregory Bateson, Paul Watzlawick, Don Jackson, Virginia Satir, John Weakland, Jay Haley, et bien d’autres, regroupés dans le collège invisible à Palo Alto en Californie, en établissent le cadre théorique et pratique.

L’approche systémique gagne le Canada, où les travailleurs sociaux privilégient le travail en réseau au détriment de la thérapie familiale. L’engouement pour les approches systémiques commence en Europe entre 1965 et 1975. Il prend de l’ampleur depuis.

Les applications de leurs modèles débordent le cadre des psychoses pour comprendre et agir sur d’autres manifestations dysfonctionnelles repérées dans les systèmes familiaux. Plusieurs équipes associent les entretiens familiaux à l’intervention sanitaire et sociale auprès des usagers de drogues et des jeunes délinquants.

Nathan Ackermann est l’un des fondateurs d’une pratique réelle de la thérapie familiale. Pédopsychiatre et psychanalyste, il a créé le premier centre de thérapie familiale à New-York, dirigé ensuite par Donald Bloch. Dans un article intitulé « la famille, unité sociale et émotionnelle »publié en 1937, il explique que les facteurs sociaux ont autant d’influence sur les destinées individuelles que les facteurs intrapsychiques. Il perçoit notamment l’importance de l’identité familiale à partir de ses études sur les familles victimes de la récession économique de la crise de 1929. Son expérience de pédopsychiatre le convainc de la relation entre des troubles non psychotiques de l’enfant et son environnement familial. C’est sans doute le premier thérapeute à tenir compte des contraintes éco systémiques sur les dysfonctionnements relationnels et psychiques. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les centres de thérapie familiale se multiplient aux Etats-Unis grâce à l’originalité de certains cliniciens. Ils réagissent aussi à l’inadéquation des institutions face aux conséquences des bouleversements économiques et sociaux, qui retentissent sur les familles et les structures éducatives (Virginia Satir, Salvador Minuchin, Murray Bowen, Carl Whitaker, Ivan Boszormenyi-Nagy)

Le mouvement s’installe en Europe aux alentours de 1970, sous l’influence de Mony Elkaïm, Siegi Hirsch, Bernard Fontaine, Jacques Pluymakers. En Italie, un mouvement démarre autour de deux pôles dynamiques, pour la modélisation des thérapies familiales en Europe : le groupe de Milan (Mara Selvini, Stefano Cirillo, Guliana Prata)et l’école de Rome (Maurizio Andolfi, Anna-Maria Nicolo, Paulo Menghi, Carmine Saccu)

La France rejoint tardivement le mouvement amorcé chez nos voisins européens. La psychiatrie est alors mobilisée par la psychanalyse, la sectorisation et l’analyse institutionnelle ; les professionnels de la santé mentale s’intéressent en premier lieu à l’antipsychiatrie. Les théories antipsychiatriques trouvent un relais de pensée après Mai 68 avec Edgar Morin, Gilles Deleuze, Félix Guattari et Robert Castel. Quelques praticiens isolés, adaptent l’épistémologie systémique à leurs contextes institutionnels (Jean Claude Benoît, Michel Monroy, Thérèse Lamour, Colette Chirol, Pierre Segond, Yveline Rey, Yves Colas)
Grâce à la multiplication des échanges européens, les programmes de formation se développent. Les psychothérapeutes sont de plus en plus nombreux à intégrer dans leurs modes de pensée et d’action les enseignements des thérapies familiales. Les thérapies familiales s’articulent et complètent les psychothérapies et les soins classiques, le travail en réseau. Les stratégies thérapeutiques deviennent moins duelles et plus contextuelles, intégrant les notions de circularité, d’interaction et de feed-back.

- Les thérapies Familiales (I)
- Les thérapies Familiales (II)
- Les thérapies Familiales (III)

François-Xavier Colle est psychologue, psychothérapeute individuel et familial, formateur et superviseur. Il est membre de l’EFTA, association européenne des thérapeutes familiaux crée par Mony Elkaim ; Président d’honneur de ACV (Aide aux Choix de Vie, structure d’insertion professionnelle pour les populations marginalisées, crée par Anne Bedouelle) ; membre actif de CDM (Couleurs Du Monde, parrainages à Madagascar et en Inde des familles démunies).


Publié le 30 septembre 2012
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