Pour des relations heureuses entre parents et enfants

par Karin Reuter et Michel Savage

Les rela­tions parents - enfants ne sont pas une siné­cure. Elles ne l’ont jamais été, si l’on en croit les éternels conflits de géné­ra­tions, mais il semble qu’aujourd’hui plus que jamais, les choses se soient cor­sées. Il suffit d’obser­ver ce qui se passe autour de soi ou d’écouter n’importe quel repor­tage sur la ques­tion pour s’en rendre compte.


Soit les choses étaient difficiles avant, on en parlait moins parce que cela paraissait normal ou qu’on ne voyait pas quoi faire. Après tout, les tensions parents - enfants ont toujours existé et elles prennent aujourd’hui d’autres formes ou on est mieux informé des difficultés qu’elles impliquent ; soit les choses se détériorent réellement, et il y doit bien y avoir une raison voire plusieurs à cela. Force en tout cas est de se rendre compte que la croissance d’un enfant qui devrait être une source de joie devient souvent une source de préoccupations, pour ne pas dire un cauchemar pour beaucoup de parents… et d’enfants, plus ou moins jeunes. Si le fait de donner vie et d’éduquer nos jeunes nous donne plus de peine que de plaisir, c’est que quelque chose se détraque. Que se passe-t-il donc ?

1 - Le contexte : qu’est-ce qui a changé ?

Nous vivons aujourd’hui une époque très particulière, au croisement d’une civilisation industrielle qui décline et d’une nouvelle civilisation, marquée par l’informatique, qui prend naissance. C’est une époque de transition, donc une époque critique. Les changements sont plus profonds qu’il n’y paraît. On passe d’une ère fondée sur la production et la consommation de masse à une civilisation du savoir et du sur-mesure. Les logiques ne sont plus du tout les mêmes et les valeurs qui les fondent encore moins : la révolution scientifique a inauguré un monde de compétition, nous entrons aujourd’hui dans un monde de coopération.

L’évolution est encore peu apparente car les vagues de l’ancien monde et celle du nouveau s’entrechoquent : comme un sursaut avant l’agonie, la concurrence s’étend à l’échelle mondiale, mais elle nous place de ce fait face à des défis planétaires qui ne pourront être résolus que par des accords de coopération internationaux. C’est une question de survie : nous allons être voués à travailler en partenariat. Dans ce climat de crise, les anciennes institutions comme les églises, les syndicats ou la famille s’effondrent. La famille nucléaire se retrouve le plus souvent éclatée, avec des parents élevant seuls leurs enfants, ou recomposée avec des parents élevant les enfants des autres. Les modèles d’autorité sont mis à mal. En outre, nous avons acquis la puissance militaire de nous détruire des centaines de fois, et la menace terroriste plane sur le monde depuis le début du 3° millénaire. Jointe au réchauffement climatique, voilà le monde que les parents lèguent à leurs enfants.

Ce rapide survol permet de mesurer à quel point les parents nés à l’ère industrielle ou éduqués par des parents encore imprégnés des valeurs de l’ancien monde, risquent de transmettre à leurs enfants des réponses qui ne sont plus du tout adaptées au monde émergent. Les vagues de changement s’entrechoquent au sein même des familles, comme elles se sont entrechoquées entre les pays développés et le Tiers Monde. Déjà tout petits, les enfants qui naissent aujourd’hui sont imprégnés de télévision, de jeux vidéo, de messages par téléphones portables et de méthodes éducatives dépassant leurs parents. Le déphasage est assuré.

Mais ce ne sont pas les seuls facteurs en cause. La fin du siècle dernier a hérité d’une culture libertaire en réaction aux schémas autoritaires qui prévalaient encore au début du siècle. Beaucoup de jeunes se trouvent ainsi privés de repères dans un monde très changeant où ils auraient besoin, plus que jamais, d’un cadre rassurant. L’incertitude qui prévaut à tous les niveaux confronte les jeunes à un taux d’angoisse face auquel beaucoup d’entre nous auraient déjà disjoncté. Changement de paradigme, incertitude croissante, absence de cadre : voilà trois facteurs qui aident à comprendre la tension émotionnelle extrême à laquelle sont exposés jeunes et vieux, ou même jeunes parents et jeunes enfants. Pas étonnant que les conflits de générations soient exacerbés, que tant de parents soient dépassés, et tant de jeunes perdus.

2 - Quelle issue ?

Des issues, il y en a, et de plusieurs types. Bien sûr, beaucoup penseront à la thérapie, et ils auront en partie raison car il y a thérapie et thérapie. Il ne faut pas oublier ici que nous sommes déjà entrés dans une civilisation radicalement nouvelle. Les modèles thérapeutiques nés au début du siècle dernier dans le sillage de la psychanalyse ont fait leur temps, même si tout n’est pas à jeter, et doivent céder la place à des approches qui ne se limitent pas à réadapter l’être humain à un monde aujourd’hui révolu. Mais il n’y pas que la thérapie pour être heureux en famille, il y a d’autres voies dont deux que nous aimerions explorer ici : le développement de l’intelligence émotionnelle, autrement dit de la maturité, et l’éveil de conscience.

Le terme d’intelligence émotionnelle que l’on doit à Daniel Goleman fait référence à tout un ensemble de qualités qui sont bien plus déterminantes dans la réussite de notre vie que le fameux QI. Si l’on retient l’hypothèse que les émotions sont messagères de nos besoins, on peut en conclure que les compétences personnelles parlent de notre aptitude à être en contact avec nos besoins, les compétences sociales, de notre aptitude à être en contact avec les besoins des autres. Autrement dit, notre intelligence émotionnelle nous parle de notre présence et de notre écoute. En matière d’éducation et de relations parents enfants, ces aptitudes sont déterminantes. Or, c’est avant tout notre degré de cohésion et d’unité intérieure qui va nous donner cette force qu’on pourrait considérer comme une forme d’autorité intelligente et bienveillante, à l’opposé d’une autorité bête et méchante. Pour faire preuve de cohésion ou de congruence, comme on dit aujourd’hui, cela demande d’aligner nos trois centres d’attention : mental, émotionnel et instinctif.

L’Ennéagramme et ses neuf familles d’êtres humains, bien que souvent dénaturé, nous permet précisément de comprendre comment nos trois centres se désintègrent face au manque d’amour véritable et comment les aligner à nouveau. Selon ce modèle, pour faire simple, chacun de nous utilise chacun de ces trois centres en orientant son attention plutôt vers l’extérieur, vers l’intérieur ou les deux. A l’origine, chacun de nous est en contact avec son archétype, c’est-à-dire avec sa vérité, sa façon unique de percevoir l’unité de la vie dans ses aspects de justice, d’amour, de perfection, de liberté etc. Sous la pression de son entourage, à commencer par les parents, il va se couper de sa vérité qu’il remplace par une illusion qui deviendra sa croyance de base. Cette illusion va générer une souffrance, un manque, qu’il n’aura de cesse de compenser par un mécanisme de défense, une attitude figée limitant son potentiel. Archétype - illusion - manque - compulsion : tel est le circuit de la désintégration de l’être humain ; tel est aussi le circuit d’intégration qu’il faudra remonter en suspendant le mécanisme de défense compulsif, en faisant brièvement l’expérience du manque qu’il tente de combler en vain pour prendre conscience de l’illusion qui le génère et retrouver ainsi notre vérité oubliée. Ce chemin pour refaire l’expérience de notre totalité est capital si l’on veut se donner la moindre chance de nourrir des relations heureuses entre parents et enfants.

C’est aussi le travail que propose le Processus Hoffman en aidant les participants à identifier puis suspendre leurs attitudes figées, exprimer la souffrance retenue derrière ces défenses, se pardonner eux et leurs parents, des illusions adoptées et se réconcilier avec toutes les dimensions de leur être. Chacun apprend ainsi à prendre soin de son corps, consoler ses blessures affectives, démasquer ses croyances fausses et retrouver la paix de son être profond. Il revient à Bob Hoffman d’avoir mis au point cette approche brève, intensive et intégrative de 8 jours qui a fait ses preuves auprès de milliers de personnes dans le monde. Ce processus est à la fois un apprentissage, une rééducation, un processus de guérison et d’éveil. C’est en tout cas un chemin de croissance, de maturation et d’équilibre. Commencer par réconcilier son enfant et son parent intérieur est l’étape incontournable pour rétablir des relations saines et heureuses avec ses enfants. Une éducation inspirée de son être essentiel est sans doute la seule capable de dépasser le choc des civilisations.

- Karin Reuter est Psychologue, Directrice de l’Institut Hoffman France
- Michel Savage est Philosophe et Sociologue


Article publié le 21 octobre 2007
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