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La médiation théâtrale, une autre façon de mettre au travail le lien à soi et à l’autre.

Par Delphine Bertrand

Quand le corps se raconte, quand le geste fait sens, quand la fiction se déploie, une autre réalité se construit, une nouvelle fenêtre s’ouvre sur le monde, sur soi et sur l’autre. La scène est alors le lieu d’un autre possible.

Du bon usage de la médiation

Depuis quelques années déjà, nous assistons à un vif engouement pour les médiations artistiques à visée thérapeutique, et nous devons bien reconnaître que l’art est effectivement un levier extraordinaire en la matière. Le théâtre, tout particulièrement, constitue un outil idéal pour mettre au travail, de façon ludique, son rapport à soi et à l’autre. Cependant, remarquons que l’art n’est pas thérapeutique en soi et que son usage, pour être utilisé dans une visée de mieux-être, doit être organisé de façon rigoureuse et avertie. Ainsi, le dispositif dans lequel va s’inscrire l’atelier devra être soigneusement pensé en amont, mais aussi tout au long du processus, afin de permettre la construction d’un espace-temps opérant.

Je vous propose, en quelques lignes, de parcourir ensemble les caractéristiques du processus médiateur d’un atelier théâtre et les bénéfices éventuels de ce genre d’activité.

Un lieu d’apprentissage

Un atelier, c’est d’abord un lieu d’apprentissage. Or apprendre, progresser, développer de nouvelles aptitudes, acquérir de nouvelles techniques, quelles qu’elles soient, tout cela procure un gain narcissique inestimable. A chaque fois qu’un participant découvre qu’il est capable de s’améliorer, à chaque fois qu’il constate ses progrès, qu’il ressent une certaine fierté par rapport au travail créatif accompli, il engrange une expérience de satisfaction qui aura des effets positifs sur son estime de lui-même. De plus, comme nous le rappelle le philosophe Frédéric Lenoir, l’apprentissage se traduit souvent par un sentiment de joie profonde, et donc de bien-être.

Jouons un peu !

C’est par le jeu, c’est dans le plaisir du jeu, dans la jubilation qui le saisit alors, que le petit enfant construit les expériences premières qui lui permettront de se développer et de penser le monde qui l’entoure. Retrouver le plaisir du jeu, c’est donc reprendre cette position de curiosité par rapport à soi et à l’autre qui nous permettra de vivre de nouveaux modes relationnels. Outre le plaisir qu’il procure, le théâtre va nous enseigner cette concentration particulière, si intense, de l’enfant qui joue et qui, entièrement absorbé dans son jeu, profondément happé par ses découvertes, est radicalement présent à lui-même, au moment qu’il vit, et expérimente, de la façon la plus naturelle qui soit, ce qu’on appelle la pleine conscience. Jouer, créer nous apporte donc deux bienfaits essentiels nommés plaisir jubilatoire et concentration infinie. Le bien-être qui s’ensuit est manifeste. Comme l’enfant, dans le plaisir du jeu, de la découverte, de la création, nous retrouvons nous aussi le chemin du contentement de soi et de l’ouverture à l’autre. Le théâtre, grâce au merveilleux « on disait que », nous invite à retrouver nos plaisirs d’enfant, la joie, la disponibilité aux expériences que nous offre notre environnement. Et c’est essentiel.

Un laboratoire de vie

Un atelier-théâtre, c’est aussi un espace-temps particulier, protégé, dans lequel le participant va pouvoir exprimer des choses, des événements de vie, des émotions, des souvenirs, des rêves, dans lequel il va pouvoir manipuler, représenter ce qui l’agite, le mettre au travail, le transformer. Mais cette introspection se fera d’une manière inédite, dans un langage particulier, transposé, qui est celui du medium choisi et qui n’utilisera pas forcément les mots pour se dire. C’est donc toute une gamme de virtualités signifiantes qui peut alors se « déplier » dans l’espace imaginaire et symbolique permis par le dispositif proposé. C’est un véritable laboratoire de vie dans lequel, sans risques, à l’abri des conventions de jeu, du cadre, de la fiction, du personnage et des codes en usage, chacun peut déployer sa singularité essentielle, sa parole particulière. Le masque par exemple, objet mystérieux, grand facilitateur d’expression corporelle, permet d’investir cette communication nouvelle, sans mots, avec d’autres codes, d’autres ressentis, d’autres façons de se dire, de se penser, de se vivre. Quand le visage est bien caché derrière ce curieux rempart, c’est le corps qui s’autorise à communiquer, qui s’exprime enfin sans entraves. Le masque, outil puissant, ouvre ainsi d’autres possibles, il permet l’invention singulière, ludique, joyeuse, d’un autre regard sur soi et sur l’autre.

La force du non-verbal

Une autre caractéristique très intéressante de cette médiation théâtrale, c’est que cette remobilisation ne se fera pas en partant du mental ou de l’intellect. C’est le corps et son langage propre qui vont mener la danse, au moins dans un premier temps. Ce n’est qu’ensuite que la production scénique sera éventuellement commentée, partagée, reprise dans un échange verbal. La rencontre est d’abord plus organique, plus viscérale, plus proche de la sensibilité première, celle qui n’est pas encore passée au prisme de notre appareil mental.

Cela permettra souvent, à ceux qui ne peuvent plus mettre de mots sur ce qui les agite ou les fait souffrir, de retrouver dans l’acte une expression qui leur manquait. Nous touchons là à un enjeu très important de la relation qui existe entre la pratique artistique et la thérapie. Parce qu’ici, la mise en mouvement du registre associatif part d’abord de la mémoire corporelle.

L’Art propose donc une plongée radicale dans l’univers du faire : il faut « faire » d’abord. Ce n’est qu’ensuite que l’on pourra aborder le dire (éventuellement) et, in fine, en arriver à la transformation des pensées elles-mêmes. Et ce faire pourra rester dans sa forme énigmatique, polysémique, se passer de toute interprétation discursive, et simplement résonner, évoquer des vérités tacites que même le comédien en herbe ne pourra pas mettre en mots. Et c’est tant mieux ! Tout ne doit pas s’expliciter, bien au contraire, la résonance s’en trouvera souvent majorée !

La médiation et ses bénéfices éventuels

La médiation théâtrale permet donc la création d’un dispositif opérant, d’un laboratoire offrant aux participants des outils pour qu’ils créent, eux-mêmes, à leur propre façon, de nouvelles façons d’appréhender le monde. Les bénéfices attendus se situent à trois niveaux distincts.

Le premier volet concerne l’expression. Tout être humain est pris dans un réseau d’échanges avec ses pairs et il est souvent difficile de communiquer à autrui son ressenti. Et même vis-à-vis de soi, il est parfois ardu de mettre des mots sur ce qui nous agite, ce qui nous fait souffrir, ce qui nous empêche de goûter à la sérénité, à l’harmonie. Parfois, les mots sont absents, on les a perdus en chemin, et le mal-être qui nous envahit reste diffus, opaque. Trouver une autre façon d’exprimer ce bouillonnement intérieur, ou ce désert de sentiment, oublier le langage verbal et trouver une autre langue, plus organique, plus polysémique, plus personnelle pour communiquer, c’est ouvrir une nouvelle fenêtre sur le monde, sur soi et sur l’autre. Il est très difficile de verbaliser une souffrance, un deuil, une tristesse, une solitude. Mais sur scène, dans le truchement du personnage, dans la polysémie du geste, la magie opère. L’impossible à dire trouve son chemin d’expression, et c’est une expérience essentielle parce que cela va nous permettre, en partie du moins, de penser l’impensable, d’exprimer l’inexprimable.

Ce travail d’expression s’appuie sur un second levier, celui de notre monde imaginaire, cette curieuse faculté de rêver que nous possédons tous mais qui, parfois, est enfouie, cadenassée, ou tout simplement endormie. Réapprivoiser cet imaginaire, le remettre à l’honneur, le redécouvrir peu à peu, c’est se remettre en contact avec une force intérieure inouïe. Ainsi, l’imaginaire, sollicité, mobilisé, mais aussi et surtout organisé, à l’abri de notre cadre protecteur, offrira, en plus du plaisir de son exercice, un grand apaisement mental et une ouverture surprenante à toutes sortes de possibles qui s’offrent à nous dans notre vie.

Enfin, le troisième levier sera de l’ordre de la symbolique mobilisée dans la création et qui permettra de transformer le regard que l’on porte sur les choses, de changer l’éclairage en quelque sorte, pour faire surgir des évidences oubliées ou des découvertes surprenantes. Le travail de création permettra donc, en après coup, après avoir joué, improvisé, lâché prise dans une expression libérée parce que codifiée, de décrypter le matériel, de lire la symbolique sous-jacente, d’en comprendre les rouages, et d’en tirer un enseignement précieux.

Et le groupe dans lequel prend place cette activité permet, de surcroît, d’inscrire cette pratique dans un lien social bienveillant.

Dans cet espace si particulier, une nouvelle réalité peut se construire. Dans la joie.

Delphine Bertrand est Diplômée du Conservatoire en art dramatique, elle possède une longue pratique de la scène comme actrice et auteure (Théâtre des Martyrs, Théâtre Le Public,…). Dans le domaine de l’accompagnement, elle est psychologue clinicienne et termine une thèse de doctorat portant sur la médiation théâtrale. Elle propose également des consultations privées (individuelles, de couple et de groupe) et donne de nombreuses formations de groupes.

Article publié le 29 mai 2016
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Article proposé par

Bertrand Delphine

Delphine Bertrand est Diplômée du Conservatoire en art dramatique, psychologue clinicienne et termine une thèse de doctorat portant sur la médiation théâtrale. Elle propose également des consultations privées (individuelles, de couple et de groupe) et donne de nombreuses formations de groupes.

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