Film

L’île (Ostrov) - Lecture systémique

Par Marie-Eve Mespouille

Père Anatole est un drôle de personnage vivant sur une île de la Mer Blanche (Carélie). Il a une réputation de Saint et de Guérisseur ; en réalité, il se sent abandonné de Dieu et rongé par la culpabilité. Qu’a –t-il fait pour en arriver là ?
Le film commence en 1942 par une scène dramatique où le héros (qui n’en est pas un) est capturé par les Nazis, et, sous la menace, tire avec un révolver sur son chef et camarade Thikon Petrovitch.

Quelques décennies plus tard, nous le suivons dans sa quête douloureuse du pardon ; Anatole souffre et, pour ses compagnons du monastère, les moines qui l’ont reccueilli après son acte barbare, il divague : ses propos parfois incohérents, blessent, mais paradocalement, ils touchent, de façon juste, là où il faut, ceux qui l’approchent pour de précieux conseils.

Au moment où on pense qu’Anatole va tomber complètement dans la folie (mystique), une jeune femme lui est amenée par son père, atteinte par un mal incurable (schizophrénique ?) pour lequel ce dernier, un éminent membre du parti et Amiral, a consulté de nombreux spécialistes, sans résultats.

C’est la fille de cet homme (Thikon Pétrovitch) qu’Anatole a tué, pense-t-il, pendant la guerre. Inspiré par sa prière, Père Anatole entame alors sur son île, un désenvoutement qui porte ses fruits. La jeune fille se rétablit. Mais cette rencontre avec son passé va en fait guérir Anatole.

On comprend, selon la théorie systémique, que la jeune femme, devene folle, était en fait liée à l’agresseur de son père (Anatole) par identification. On comprend aussi que le membre réputé du parti (Thikon Pétrovitch) est lui-même coupable de nombreux crimes tenus secrets, mais la parole du moine va aussi le libérer.

J’ai aimé ce film qui nous parle de la transmission inconsciente d’un traumatisme de guerre et au secret, qui nous parle de la maladie mentale ou de la déviance sous un angle nouveau. J’ai aimé les personnages, profondément humains perdus sur cette terre du Nord, et qui trouvent dans le silence de leur communauté les mots qui font lien.
De la parole extravagante, qui passe à la parole juste qui guérit, et nous invite à voir les choses en dehors de leur matérialité unique. Les dialogues, bien menés et forts, vous font sourire. Je retiens une scène où Anatole, pris de panique avec ses démons brûle les seules chaussures et la couverture d’un de ses compagnons, où ce dernier retourne la situation en sa faveur, pour trouver dans cet acte un sens spirituel...

Ce film, profondément russe, par sa sensibilité, sa poésie, ses acteurs, et sa manière de décrire les choses, est pour moi un chef d’œuvre, dans le sens où il vous « travaille l’âme » à la manière d’un guide sur votre chemin de réflexion. Dans sa rude simplicité, avec des imperfections de traduction des sous-titres qui vous oblige à faire un effort de concentration, il se présente, à vous dans le plus simple appareil, à découvrir sur internet, dans votre chambre, en lieu et place d’une bonne soirée devant la TV !

L’île, (Ostrov), film russe, sous titré français, 2006, grand prix au festival de Venise,
Réalisateur : PavelL LOUNGUINE, Ecrivain : Dimitri SOBOLEV ; et Louri ARABOV ; Tourné en Carélie

- Marie-Eve Mespouille


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