Bonnes résolutions.

L’appel à l’aventure, risque ou opportunité ?

Par Tony Khabaz

« L’appel à l’aventure » marque le début du Voyage du héros. Il initie l’affrontement entre aspirations et doutes qui doit être mené à bonne fin pour, ensuite, trouver un souffle nouveau.

L’appel à l’aventure ouvre le choix. Continuer à prendre les choses comme elles viennent ou… saisir la balle au bond et sauter le pas. S’ennuyer et douter de soi chaque jour un peu plus… ou devenir, chaque jour, un peu plus soi-même…

Au-delà de la décision pure

Dans les mythes, « l’appel à l’aventure » se présente quand Gilgamesh, tout-puissant roi d’Ourouk, dévasté par la mort de son ami Enkidou, part en quête de l’immortalité ; quand Élissa, ayant vu assassiner son mari par le roi qui veut s’accaparer ses richesses, entreprend de s’enfuir ; ou quand Sigurd, sur la suggestion de son maître Reginn, part choisir le cheval qui sera le sien…

Quant à nous, la dimension dans laquelle nous vivons est en grande partie gouvernée par la raison, l’objectivité et les projets concrets. Et pourtant…

Arrive une fois où… On aura vu quelque chose dans la rue ou au cinéma qui, sous un jour nouveau, nous rappelle des aspirations oubliées… On s’apercevra que le goût que l’on avait pour telle ou telle activité, tel ou tel type d’échanges s’étiole, et que “quelque chose” nous manque… Les propos d’un collègue ou d’un ami, exprimés dans un contexte apparemment anodin, nous serons allés “droit au cœur”… Une proposition professionnelle, longtemps espérée, résonne soudain comme un renoncement…

Et… Surprise ! L’imagination soudain se manifeste, et amène son cortège inattendu d’images et d’idées. On se sent saisi d’émotions déroutantes : crainte ; jalousie, parfois (qu’il est souvent difficile de s’avouer, alors qu’elle est un tel indicateur de ce à quoi l’on aspire…) ; excitation ; dégoût ; joie… Sans parler des sensations physiques, qui se mettent de la partie : estomac qui se noue, cœur qui accélère, chaleur qui irradie… Le tout s’accélérant quand le jeu des “coïncidences” se met à battre la cadence…

Il ne s’agit plus de peser le pour et le contre pour décider si l’on va ou non accepter ce nouveau poste : on se trouve soulevé bien au-delà de la décision argumentée… “Quelque chose d’autre” se joue, sans que l’on sache précisément quoi. Les certitudes les mieux assises en sont ébranlées. On a beau essayer de se raisonner, la raison, seule, n’y peut pas grand chose. C’est “l’appel à l’aventure”.

Désir et danger de “quelque chose d’autre”

À nous tous, qui ne sommes ni Gilgamesh, ni Élissa, ni Sigurd, l’appel à l’aventure fait peur autant qu’il fait envie. On aimerait explorer de nouvelles possibilités. Mais on craint tout autant d’avoir trop à y perdre : une situation professionnelle et sociale peut-être, voire une vie de couple, un équilibre familial… Si “tout foutait le camp” ? Et s’il arrivait, même, que l’on perde… la raison ? Ainsi, on croit risquer de mettre en péril non seulement ce que l’on a, mais aussi ce que l’on est…

Dès lors, on peut se livrer fort longtemps à la valse-hésitation entre risque et opportunité. Je veux… et je ne veux pas. Je n’en peux plus de… et je ne bouge pas. J’aspire à… et cela m’effraie. D’emblée, l’appel à l’aventure met en scène l’affrontement entre possibilités et limites. Déjà se met en place, en nous, le champ de bataille où s’affrontent “héros” (qui aspire à une vie “vraie”, “pleine”) et “démon” (défenseur du statu quo, de la stabilité, de la bienséance).

À qui s’accroche à “ce qui se fait” et “ce qui ne se fait pas”, l’appel à l’aventure apparaît comme un périlleux saut dans l’inconnu. Et tout cela, pour quoi ? Nul ne peut le prédire. Inconnus, en effet, et le chemin, et son issue ! Car il est rare que “le héros” sache, d’avance, ni quel est l’objet exact de la quête à laquelle il est appelé, ni ce qui en résultera. “Voyageur, il n’y a pas de chemin, le chemin se dessine à mesure que tu avances”, déclare Antonio Machado. Oubliés (à ce niveau, du moins), “deliverables”, gestion de projet et mesures de performance !

S’ennuyer… ou devenir soi-même

Et pourtant… si l’on ne peut prévoir, ni ce qui va se passer, ni comment cela va se manifester, on sait par où on va passer. Certes, l’aventure intérieure qui se met en mouvement en réponse à l’appel est toujours singulière. Certes, l’expérience du cheminement — obstacles rencontrés, plaisirs éprouvés… — est propre à chacun. Mais sa structure, elle, est universelle, aller et retour.

Après avoir conquis puis perdu la plante de l’immortalité, Gilgamesh regagne Ourouk, enfin pleinement humain, serein. S’étant acquis tous les concours nécessaires, Élissa fonde Carthage. Sigurd tue le dragon Fafnir, puis s’empare de son trésor. C’est ainsi que le héros mythique, tirant parti de ses atouts tout en se défaisant de ce qui freine l’expression de sa valeur, conquiert — consolide — ce qui le fait noble : intégrité, courage, vaillance…

Qu’en est-il de personnes comme nous tous ? À s’engager dans le Voyage, la personne moderne affronte ses conflits intérieurs et renouvelle, en elle-même, le dialogue entre aspirations et restrictions apparemment antagonistes. Et elle en revient pacifiée, ayant éprouvé au plus profond de soi ce que signifie (pour elle en tout cas) vivre pleinement, de façon juste, authentique.

Cette expérience intime une fois acquise, les bienfaits s’en font sentir lors du retour. La plupart gagnent en clarté dans la façon d’appréhender la vie quotidienne, ses enjeux, les ajustements que l’on souhaite y introduire ; en tranquillité dans la façon d’en parler avec son entourage, privé ou professionnel ; en ingéniosité pour imaginer et créer, pas à pas, avec les autres, une “vie heureuse”.

Alors l’appel à l’aventure, risque ou opportunité ? Vaut-il mieux faire la sourde oreille, ou prendre la parole, sa parole ?

L’appel à l’aventure ouvre le choix. Continuer à prendre les choses comme elles viennent ou… saisir la balle au bond et sauter le pas. S’ennuyer et douter de soi chaque jour un peu plus… ou devenir, chaque jour, un peu plus soi-même…


Khabaz Tony

Tony Khabaz facilite depuis plus de quinze ans “Le Voyage du héros” tel que l’a conçu Paul Rebillot au contact direct de Joseph Campbell, à Esalen, au début des années soixante-dix. Il s’est formé auprès de Rebillot de 2001 à 2008 et l’a assisté dans la facilitation de nombreux parcours. Il enseigne, dans le cadre de l’École de gestalt et processus expérientiels fondée par Rebillot, les principes et pratiques pour concevoir et faciliter des séminaires expérientiels qui observent la structure des rites de passage. Il a eu une carrière de consultant et de coach, et est l’auteur de deux ouvrages.
http://levoyageduheros.com/tony-khabaz.html

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