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Loi sur les psychothérapeutes

la montagne a accouché d’un avorton la montagne a accouché d'un avorton

Par Jean-Marie Robine

Après dix mois de navettes parlementaires, de débats dans les médias, de rencontres avec ceux qui sont censés représenter les intérêts de la population puisqu’ils en sont ses élus, de promesses non tenues, après dix mois d’une mobilisation jamais vue de mémoire de politicien, une loi est passée en force grâce à la soumission au pouvoir en place de ceux qui la votent, et à leur allégeance à divers lobbies facilement identifiables.

La définition de la démocratie offerte par Paul Valéry comme "art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde" se trouve une nouvelle fois confirmée et c’est peut-être un des constats les plus affligeants que je ferais au terme de cette étape.

Des intentions avancées au départ, dont certaines étaient louables même si les moyens envisagés ne l’étaient guère, il ne reste rien : les sectes et les charlatans pourront s’en donner à cœur joie, de plus belle.

Mieux : les professionnels qui pouvaient légitimement revendiquer le titre de psychothérapeute compte tenu de leur parcours, s’ils ne sont ni psychiatres, ni psychologues, sont les seuls à ne pas pouvoir faire usage de droit de leur formation spécifique pour obtenir leur inscription sur une liste préfectorale. Les médecins (fussent-ils dermatologues ou anesthésistes), les psychologues (fussent-ils psychologues des organisations ou de l’éducation), pourvu qu’ils puissent faire état de connaissances en psychopathologie, deviennent de droit des psychothérapeutes : lutte contre les charlatans, disaient-ils !

Les psychanalystes, qu’ils le revendiquent ou non, pratiquent ce qu’on peut considérer comme la psychothérapie princeps. Ils bénéficient d’une discrimination qui se veut "en leur faveur" : ils iront de droit sur les listes. Lutte contre les sectes, disaient-ils ! Car, probablement, nos élus font bien la différence entre une psychanalyse ainsi instituée Religion d’Église et les autres approches psychothérapeutiques ramenées à des pratiques de sectes.

S’est révélée à l’occasion des débats la volonté hégémonique des tenants d’une psychothérapie cognitivo-comportementale qui, au travers d’études pipées et d’apparence - mais seulement d’apparence - scientifique, serait la forme de psychothérapie la plus efficace, pour ne pas dire ouvertement la seule. C’est sans doute parce que c’est aussi la seule forme de psychothérapie qui peut s’apprendre dans les livres et qui ne requiert de ses praticiens ni travail sur soi, ni psychothérapie personnelle, ni supervision de la relation ! Les usagers seront bien protégés !

S’est aussi révélée par la même occasion la nécessité, imposée par certains psychiatres, d’une connaissance psychopathologique avancée comme seule nécessité incontournable pour pouvoir bénéficier du titre de psychothérapeute. Certes cette connaissance est indispensable et depuis des décennies, son enseignement est partie intégrante de la formation des psychothérapeutes. Mais cette SEULE compétence est-elle suffisante ? Est-il suffisant d’avoir une connaissance de l’anatomie pour être chirurgien ? De nombreux pays qui ont cru bon de réserver le titre de psychothérapeute aux seuls médecins et psychologues comme l’Italie, n’ont pas, à la différence de la situation créée par cette loi, attribué le titre sur ces seuls diplômes universitaires : pour être psychothérapeutes, médecins et psychologues doivent compléter leur formation dans des Instituts privés et agréés pendant 4 à 5 ans !

Par ailleurs, lorsqu’on voit ce que les psychiatres (profession hélas à la disparition programmée), dans une proportion de plus en plus élevée, considèrent comme LA référence psychopathologique, à savoir le DSM IV, un instrument qui substitue la statistique à la pensée clinique à laquelle les grands cliniciens du siècle passé nous avaient préparés, on est en droit de s’inquiéter de cette hégémonie supplémentaire.

Mais il nous reste l’espoir des décrets d’application qui, bien entendu, s’élaboreront dans une large concertation avec les professionnels concernés, parole de Ministre !

En attendant, cette loi, si elle réglemente l’usage du TITRE de psychothérapeute, ne réglemente en rien la PRATIQUE de la psychothérapie. Ceux et celles qui souffrent sauront continuer à trouver, sur des listes ou hors des listes, les professionnels compétents. Ces professionnels, pas toujours autorisés à porter le titre de psychothérapeute, s’appelleront peut-être "praticiens de la psychothérapie" ou autrement (à inventer). Le public continuera à savoir que certains sont reconnus par les organisations professionnelles parce que leur parcours et leur formation leur donnent accès à cette reconnaissance. Et il y aura toujours et partout des charlatans, et il y aura toujours et partout des sectes, comme chez les hommes politiques.

Jean-Marie Robine est psychothérapeute, théoricien et formateur en Gestat-thérapie


- Suite dans le n°73 de REEL
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Article publié le : samedi 18 septembre 2004 - Mots-clés : Statut de psychothérapeute;

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