Mon propos sera de vous partager quelques senteurs de ma pratique qui amènent à faire le lien ou plutôt combler le vide entre diététique et thérapie, entre culpabilité et responsabilité. Les « mets sages » secrets du ventre.
Pour une fois, laissons de côté notre intellect tout-puissant : nous ne mangeons pas avec la tête, mais bien avec nos tripes. Laissons enfin parler ce ventre tellement muselé par les corsets des pensées bienséantes de notre siècle affamé !
« Ventre affamé n’a point d’oreilles », il se met à souffrir et nous le fait entendre de gré ou de force. Il entre dans l’opposition, la clandestinité. De là, la porte s’ouvre vers la boulimie, l’anorexie, l’orthorexie ou encore vers l’obsession du poids et des régimes.
Le mot diététique provient de la racine grecque « dieta » qui signifie : la manière de vivre, l’art de vivre. Cela nous éloigne fortement du sectarisme alimentaire actuel qui provoque plus de dérégulation que de plaisir !
Ne pouvant plus nous fier à quelque source scientifique, diététique ou autres, pourquoi ne pas revenir à notre propre bon sens ? Ecouter la seule personne capable de savoir ce qui est bon pour notre organisme, comme pour notre vie en général, à savoir … nous ? Trop facile ?
J’aimerais tant vous approuver, mais l’expérience me dicte le verdict contraire.
Nous aimons tant nous éviter nous-même !
En vérité, toute notre histoire alimentaire, et cela dès notre conception, n’est qu’un gigantesque périple en quête de la source originelle, du ventre fondateur et nourricier : nous sommes tous des « fruits de mère ».
La restauration
J’ai toujours été fasciné d’observer une famille se mettre à table. Très vite, je découvris que notre manière d’être avec la nourriture parlait de notre manière d’être dans la vie. La place que nous occupons à table ne parle-t-elle pas également de la place que nous prenons timidement ou franchement dans notre vie ? Il y a ensuite des personnes qui « gobent » tout, comme dans leur vie, d’autres n’ont plus de goût à rien … d’autres encore trient leur assiette en commençant par ce qu’elles n’aiment pas pour terminer par ce qu’elles préfèrent ; certaines font l’inverse … n’avez-vous jamais rencontré des personnes qui piquent régulièrement dans les assiettes des autres ? Que dire des personnes qui laissent toujours quelque chose dans leur assiette ?
Ces observations amusantes nous éclairent sur la manière dont la personne est en relation … avec elle-même, les autres, et sa vie …
Le mot « restauration » fait également référence à l’antiquaire qui enlève les couches superficielles d’un vieux meuble pour parvenir à l’essence, à l’identité, et en révèle finalement la beauté naturelle.
Car au bout du compte, c’est bien de cela qu’il s’agit : retrouver la beauté immanente qui réside en chacun de nous. Lorsque j’accueille des personnes éprouvant des difficultés dans leur relation à la nourriture, elles sont généralement animées d’une même souffrance : la reconnaissance intime, personnelle et inconditionnelle de leur véritable beauté intérieure.
Quelle est ma valeur ?
Ai-je de l’estime pour moi ?
Suis-je fier(e) de moi ?
Ai-je confiance ?
Suis-je juste ?
Comment je me traite ?
Est-ce que je m’aime ?
Voilà autant de questions qui révèlent cette demande essentielle.
Mon rôle de « restaurateur » n’est certes pas seulement de vous nourrir d’aliments mais bien de vous aider à révéler votre talent particulier, à faire briller votre or.
Ne dit-on pas : « lorsque l’on est amoureux (de soi, de l’autre, de la vie) l’on vit d’amour et d’eau fraîche ».
Que représente l’aliment ?
Bien que les difficultés dans notre relation à la nourriture n’ont pas avoir avec l’aliment, cela se passe avec lui ; c’est intéressant d’en tenir compte.
Notre nourriture représente bien plus que l’aliment en lui-même.
Il s’agit d’une relation entre l’aliment chargé de toutes ses représentations et le mangeur comprenant toutes ses attentes (physiques, émotionnelles, affectives, biologiques, chimiques, spirituelles, symboliques …).
Lorsque vous ramenez d’Italie du jambon sec, des olives … et que vous les dégustez chez vous, ces aliments ont-ils la même saveur ? Ils représentent le souvenir des vacances passées, le côté chaleureux du pays, la beauté des paysages, la détente et la joie émotionnelle vécue dans cet instant que vous tentez de prolonger …
Personnellement, je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer une femme qui me prépare le lapin aux pruneaux, avec des raisins secs et des petits oignons glacés de la même manière que ma grand-mère …
Mais c’est peut-être ma grand-mère que je souhaite rencontrer à travers son plat si savoureux …
J’aime à proposer le petit exercice suivant, qui ne manque jamais d’amuser les participants d’un « week-end plaisir » : réunis autour d’un étal gargantuesque chargé d’aliments divers, chacun est amené à en choisir un en particulier. Il s’agit alors de se présenter comme si l’on était véritablement ce fruit ou ce légume.
L’imagination et la créativité de chacun sont étourdissantes de finesse, de sensibilité et de sagesse ! Je vous en confie « certains morceaux » :
Stéphanie, anorexique, se réfugie en permanence dans la logique, la raison et le verbe. Elle porte son choix sur un bel avocat et entame une plaidoirie fabuleuse sur la manière dont elle incarne ce fruit spécifique, à savoir combien ce fruit représente pour elle la légèreté tout en demeurant un aliment complet diététiquement parlant, etc.
Séréna est italienne et nous subjugue par le contact charnel qu’elle établit d’emblée avec son aubergine.
« J’aime ma peau, sa luminosité rayonnante, sa douceur et j’apprécie que l’on me caresse. La forme de mon corps est généreuse et harmonieuse. Je viens du Sud, et bien que j’y sois souvent associée à la ratatouille, je me ressens meilleure encore coupée en tranches et frite à la poêle. Mais je prends toute l’huile, j’absorbe tout ; pour éviter cela, je dégorge mes tranches une nuit avec du sel et ensuite je les presse et les éponge.... »
Parallèlement, Séréna aimait s’investir pour les autres, s’oubliant parfois au point d’être engorgée par leurs problèmes. Mais sa réponse me rassura : elle savait en dégorger l’excès durant la nuit...
Nous pourrions encore parler du hamburger, du chocolat, d’une poire, du vin … Après avoir entendu parler une personne de ses nourritures préférées, ou de celles qu’elle a en aversion je pourrais assez précisément traduire ce qui se passe dans sa vie.
Après plus de cent cinquante expériences avec la nourriture je suis stupéfait de constater qu’il n’y a pas de lien direct entre la nourriture et le poids du consommateur(trice). Nous pouvons effectivement manger du chèvre au lard, un velouté terminé à la crème, du magret de canard, une dame blanche ou un sabayon et perdre huit cent gramme à un kilo cette journée … alors qu’en mangeant des crudités et des légumes cuits à la vapeur, nous pouvons prendre quatre cent grammes une autre journée …
Et si notre difficulté avec la nourriture ne représentait que la projection de nos angoisses de vie sur celle-ci ?
Les émotions
Si je vous parle avec autant d’insistance des émotions, c’est parce qu’elles sont la véritable cause de nos problèmes et non pas la nourriture, comme on aurait tendance à nous le faire croire. Les émotions représentent des « énergies » qui devraient circuler dans le corps de manière fluide et harmonieuse (é-motion : énergie en mouvement). Cette circulation « anime » notre corps et lui donne sa chaleur. On peut remarquer chez les petits enfants combien ils sont animés, pleins d’énergie, tant leurs émotions sont libres, spontanées, authentiques. C’est avec l’entrée dans l’ « âge de raison », aux alentours de sept ans, qu’ils vont quitter le ventre, cet état de totale liberté émotionnelle pour être éduqués, instruits, raisonnés selon les prérogatives de leur structure scolaire, familiale, culturelle.
Dès lors, c’est à ce moment crucial de discernement que certaines personnes vont demeurer dans leur tête toute leur vie, tandis que d’autres vont émigrer dans leur ventre, ou encore ouvrir la voie entre la tête et le ventre pour voyager entre ces deux territoires-clés.
Bien que les pulsions boulimique ou anorexique soient légitimes en ce sens qu’elles tentent de nous protéger de la souffrance, de la pression (« des pressions ») invivable, ingérable, indigeste, la conséquence immédiate de ces tentatives sera de nous couper de nos émotions. Soit en les embaumant de nourriture, soit en insensibilisant notre corps et en nous réfugiant dans notre tête. Nous nous coupons de cette énergie vitale dont nous avons si peur.
La physique nous apprend que lorsque les énergies ne sont pas utilisées, elles se transforment en matière. Ce qui signifierait que nos « énergies » comme nos émotions calées, bloquées, anesthésiées deviendraient matière.
N’utilisons-nous d’ailleurs pas couramment des expressions telles que : le poids des émotions, le poids de la colère, le poids de la culpabilité, le poids des angoisses, avoir un poids sur l’estomac ?
Ce ne sont pas nos émotions qui nous apportent directement du poids, mais bien le mélange des émotions et de la nourriture qui provoque une prise de poids inadaptée, par un dysfonctionnement dans l’alchimie transformatrice des aliments ingérés. Si nous mangeons avec convivialité, angoisse, stress ou colère, la digestion ne se déroulera pas de la même manière !
Comment se fait-il que lorsque nous avons des difficultés à « digérer » quelque chose nous nous sentions véritablement allégés lorsque le problème se résout enfin ?
Ce n’est pas parce que nous avons des difficultés dans notre relation avec la nourriture (boulimie, anorexie, obésité, obsession du poids et des régimes) que nous éprouvons un déséquilibre dans notre vie, mais bien parce que notre relation à la vie n’est pas harmonieuse et fluide que nous vivons des difficultés dans notre relation avec la nourriture.
Quelle est notre souffrance ? De quoi sommes-nous affamés ? Quel vide cherchons-nous à combler ?
C’est d’une diététique de vie qu’il s’agit, et non de privation, d’obsession, de fixation sur le symptôme qui en fin de compte ne font que le renforcer …
Comment m’occuper de mon « nourrisson intérieur » ?
Il serait judicieux d’écouter attentivement la petite voix, les gazouillis, les besoins de notre nourrisson intérieur ; car il s’agit bien d’un être qui nous met en vie, qui nous pousse et nous ouvre au sens de la vie.
Je suis chaque fois impressionné par la difficulté que nous mettons à pouvoir simplement accueillir notre ventre. Les récriminations, les reproches fusent davantage que les mots tendres !
Et si cet enfant attendait simplement que nous tenions compte de lui ?
Complétés l’un par l’autre, vous ressentirez tout doucement la plénitude s’installer … une forme de re parentage intime, bienveillant, jouissif … c’est une clé importante !
C’est ici que commence le véritable travail du thérapeute : la restauration de l’être. Que la personne puisse sortir de sa culpabilité, de ses plaintes de son impuissance … pour pouvoir prendre responsabilité d’elle-même face aux autres et au monde. Car si quelqu’un ou quelque chose nous « gonfle » dans la vie, cela ne sert à rien de faire régime ! (excusez-moi d’être si direct).
Maintenant, c’est à vous de « jouer » … Je vous souhaite d’être passionné par qui vous êtes et ce que vous en faites. Car si vous ne vous aimez, pas vous n’êtes pas aimable … Je vous souhaite d’excellentes découvertes remplies de saveurs et de senteurs subtiles dans votre « Cuisine Intérieure » !
Michel Gillain Restaurateur durant vingt ans, il s’est formé à la gestalt-thérapie et crée « Ma Cuisine Intérieure » en 1995. Il enseigne sa technique au fil d’innombrables ateliers, conférences et formations internationales. En 2006 il sort son premier livre : « Ma Cuisine Intérieure » décodez ce que manger veut dire, Ed. Open Way.

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