Un brin d’historique :
la psychothérapie, par son nom, indique qu’il s’agit d’une pratique thérapeutique. Aux yeux de la loi, il s’agit bien de l’exercice de l’art de guérir, réservé aux médecins. Dès lors, quiconque qui se fait connaître comme psychothérapeute sans porter le titre de médecin s’expose à des poursuites devant les tribunaux, sous l’accusation de pratique illégale de l’art de guérir. Toutefois, l’abondance de personnes pratiquant des psychothérapies dans le respect de bonnes règles techniques et déontologiques a bien vite rendu les poursuites irréalistes. Et de fait, l’on n’a vu comparaître en justice que de rares cas de psychothérapeutes, en fait, suite à une plainte. D’où l’illusion dans laquelle se trouvent les psychothérapeutes qui ne sont pas médecins qu’ils peuvent pratiquer tranquillement leur profession. En réalité, tous les psychothérapeutes qui ne sont pas médecins sont dans l’illégalité. Pour sortir de cette situation un peu anormale, et gênante, et comme les psychologues étaient devenus très actifs (surtout du côté néerlandophone, il faut bien le reconnaître), la ministre Aelvoet a commencé par leur cas pour faire légaliser la situation de praticiens de la psychothérapie.
Un nouveau texte en chantier
Et voilà donc qu’un avant-projet de texte légal, modifiant l’Arrêté Loi 78 portant sur l’art de guérir, se trouve mis en chantier. Il vise simplement à reconnaître aux psychologues (détenteurs de l’un des titres académiques actuellement reconnus pour autoriser à porter l’appellation de Psychologue, tel que par exemple Licencié ou Docteur en Sciences Psychologiques) le droit d’exercer notamment la psychologie clinique et la psychothérapie.
Il apparaît là que c’est bien une mesure à la belge, car les Hollandais ont, eux, carrément abrogé la totalité de la loi qui réglementait l’art de guérir en le réservant aux porteurs du titre de médecin, et ils ont construit un ensemble de lois dans le domaine de la santé et du bien-être, avec un système de reconnaissance de compétence et de droit d’exercice spécifique à chacun des domaines touchant à la santé ou au bien-être. Système bien plus souple et plus ouvert sur les méthodes et techniques de santé plus modernes à naître. Décidément, il serait temps que nous cessions de considérer les Hollandais comme des demeurés : ils ont, une fois de plus, une fameuse longueur d’avance sur nous, en particulier dans le domaine social.
Quelques mots sur la composition de la commission Cools, qui a planché sur ce nouveau projet de loi. On l’a constituée pour moitié de représentants des autorités universitaires, à raison de deux sièges par faculté de psychologie, soit 14 personnes. A côté des représentants des universités, on a mis un nombre égal de sièges pour les praticiens représentant quelques-unes des disciplines. Il a fallu ainsi répartir sur quatorze sièges quelques dizaines de courants psychothérapeutiques : tous sont loin d’avoir pu participer. La chose est sûrement regrettable en soi, mais aussi il semble un peu irréaliste de constituer une réunion de psychothérapeutes qui aurait contenté tout le monde. Il est, à ce sujet, intéressant de noter que seule une méthode de psychothérapie, et seul un professeur d’une université, ont émis des réserves sur le texte : il a été voté à l’unanimité moins une abstention et une voix contre. Et les deux personnes ayant émis des réserves ont clairement dit, et écrit, que l’existence de ce projet de loi était une bonne chose, et qu’ils souhaitaient le voir aboutir, mais avec certaines modifications. Monsieur Cools a d’ailleurs conclu la dernière réunion en expliquant d’abord que Madame la ministre allait prendre connaissance des réserves et statuer à ce sujet, et d’autre part que, comme toute loi, elle fera certainement l’objet, dans le futur proche, de propositions d’amendements ou de modifications du fait même du jeu des mécanismes de la démocratie.
En pratique, qui bénéficiera de cette nouvelle loi ?
D’abord, les consommateurs de la psychologie clinique et de la psychothérapie. Toute pratique légalisée permet à ses utilisateurs une meilleure information, une plus large protection, et un recours aux plaintes plus aisé. Cette loi a d’ailleurs comme motif premier la protection du consommateur des services en question, en particulier la protection contre le charlatanisme. Elle comporte aussi la constitution d’une commission nationale de reconnaissance du titre, et une commission nationale de déontologie. Ce projet de loi comporte aussi une énumération des formations qui pourront être requises pour être reconnu psychothérapeute. Cette énumération est, elle-même, guidée par le souci de protéger les patients, et s’est voulue assez générale pour pouvoir inclure des méthodes très diverses. · Ensuite, les praticiens détenteurs d’un diplôme de psychologue, ou de certains autres titres qui y seront assimilés.
Qui risque de pâtir de cette nouvelle loi ?
Tous les praticiens, quelle que soit par ailleurs leur valeur, leur compétence et leur déontologie, qui ne détiennent aucun des titres visés par le projet de loi. J’ignore combien cela fait de personnes. Mais je sais que de nombreux cliniciens de la psychologie, de nombreux psychothérapeutes de valeur vont rester dans l’illégalité, ce qui est, aujourd’hui, le sort de tous les non-médecins. Pour toutes ces personnes désireuses de faire reconnaître la valeur et la pertinence de leur pratique dans les domaines de la psychologie clinique ou de la psychothérapie, il va probablement devenir utile, sinon nécessaire, qu’elles se regroupent, comme l’ont fait les psychologues de tendances très diverses, pour, à leur tour, présenter et défendre leur dossier de façon à obtenir, à leur tour, une dérogation à l’interdiction de pratiquer l’art de guérir. Je le souhaite, dans la mesure où j’ai, depuis toujours, contribué à la formation en psychothérapie de personnes qui ne portaient pas le titre de psychologue, mais qui offraient d’autres garanties très appréciables dans la perspective de leur futur métier de psychothérapeute.
Quelles formations indispensables à la pratique des métiers de psychothérapeute ?
Il reste la question fondamentale : celle des formations utiles ou indispensables à la pratique de l’un des métiers de psychothérapeute. Certaines personnes pensent qu’il suffit de maîtriser une technique, ou une méthode, ou son intuition, ou son bon sens. Il est en effet certain que bien de qualités humaines sont précieuses pour entrer en relation avec quelqu’un qui souffre. Et que ces qualités viennent à point pour soulager, aider, soutenir. Quiconque qui a pu parler avec un ami ou une amie, ou avec son conjoint, son épouse ou son époux, a eu l’occasion de confirmer cette réalité. Mais, d’autre part, certaines souffrances qui se chronifient, ou certaines formes particulières de crises aiguës, ne répondent pas bien à l’amitié, la compréhension, l’empathie, ni même à l’emploi de telle ou telle technique, même lorsqu’elle est correctement maîtrisée. Il s’avère que certains problèmes psychologiques requièrent une aide professionnelle plus ou moins élaborée, plus ou moins étroitement sélectionnée, notamment en fonction de la structure de la personne porteuse du problème. Et de nombreuses techniques, par ailleurs fort utiles, peuvent se révéler contre-productives lorsqu’elles sont employées chez une personne entrant dans le groupe des contre-indications pour la technique en question.
Il n’est pas opportun ici d’entrer dans le détail des nombreux mécomptes, mais rappelons qu’une étude sérieuse en la matière, même si elle est relativement ancienne ("Encounter Groups, First Facts", de Lieberman, Yalom et Miles, Basic Books 1973) indique que de nombreuses méthodes de thérapie de groupe s’avèrent plus dangereuses qu’utiles lorsque l’on dénombre les cas d’aggravation et d’accidents générés par l’emploi de la technique choisie par le thérapeute. Le danger est constitué lorsque le praticien connaît insuffisamment les limites du champ précis d’application de sa méthode, et ce danger s’aggrave lorsque c’est le patient qui élit un praticien pour la méthode que celui-ci utilise. Son affinité, basée sur des témoignages de connaissances qui ont bénéficié de ce type de traitement, ou sur son intuition, ne constituent pas l’équivalent d’une prescription professionnelle.
Je pense qu’un assainissement de la profession de psychothérapeute passe par l’affinement de la formation qui conduit à l’agréation, reconnaissant une compétence réelle à choisir une méthode ou une technique et à l’appliquer dans les conditions de sécurité et d’éthique optimales.
Salomon Nasielsky, Psychologue, psychothérapeute, Formateur agréé en Analyse Transactionnelle


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