La vie c’est maintenant !

Isabelle Laplante & Nicolas De Beer

« Au lieu d’une faiblesse congénitale des civilisations primitives par quoi s’expliquerait leur si rapide déclin, c’est bien plutôt une infirmité essentielle de la civilisation occidentale que laisse apparaître ici l’histoire de son avènement : la nécessaire intolérance où l’humanisme de la Raison trouve à la fois son origine et sa limite, le moyen de sa gloire et la raison de son échec. Car, n’en est-ce point un, que cette incapacité de fait, nouée à une impossibilité structurale à entrer en dialogue avec des cultures autres ? »
(Pierre Clastres, anthropologue)

Si nous faisons une analogie, nous pourrions dire que l’Etat, les médias, l’opinion exercent une nécessaire intolérance de la Raison se traduisant par l’exigence, la rentabilité, le développement, le progrès, la croissance, la quête de vérité, la réussite, l’excellence… Ce que d’aucuns appellent « l’Homo economicus ».

Où sont les autres dimensions de l’humain dans tout ça ?

Nous entendons souvent combien il est difficile de gérer de concert vie professionnelle et vie privée, ou vie personnelle/vie professionnelle, qu’il est difficile de "faire la part des choses". Nous entendons souvent que tout est dans tout. Que le coaching professionnel ne peut s’envisager sans considérer la vie privée du client car il est une personne entière, etc.

Oui mais !,
"Qui trop embrasse mal étreint", "Quand on veut tout on a rien", "Vouloir tout c’est ne rien obtenir", etc.
Bref, comme le proposait Gregory Bateson, le meilleur moyen de "problématiser une situation, un état d’être, c’est de considérer un contexte". Or la vie n’est pas un contexte ou du moins, c’est un contexte si vaste, celui de l’humanité ! Et le coaching c’est travailler en lien avec un contexte observable.
Et si nous allions plus loin, nous dirions que le coaching de vie est un concept non préhensible, et que la réponse à un problème de vie ou vital serait bien plutôt de l’ordre du counseling ou de la thérapie.
Mais nous nous écartons de notre propos.

Distinguer la vie professionnelle de la vie privée,
c’est distinguer ma vie en lien avec l’entreprise envers qui j’ai des devoirs en face d’un salaire et ma vie privée qui elle concerne ma vie, la conduite de ma vie.
Ici intervient un concept d’importance : "la loyauté" : être loyal à l’entreprise qui m’emploie. Et être loyal à mon projet de vie, à mes buts de vie, à mes espoirs dans la vie, à mes valeurs.

Alors la question serait-elle : Comment organiser mes loyautés ?

Intervient aussi un autre paramètre
qui chapeaute tout ceci, les discours socio-politiques du moment !
Si au XIXème nous devions avoir une vie organisée, accomplir les rituels religieux et sociaux, être des personnes "rangées", au XXème et plus encore au XXIème siècle il nous faut "réussir" : réussir ses études, réussir sa carrière professionnelle, réussir l’éducation de mes enfants, et même réussir sa vie !

Les messages actuels
incitent à bien conduire sa vie en obéissant aux messages de l’Etat, mise en conformité, normalisation de soi d’après des critères bien établis (consommez, soyez propriétaire, réussissez, investissez, assumez votre vie en être autonome, bref, soumettez-vous maintenant pour vous libérer dans le futur), soyez en santé, soyez beaux, restez jeunes, et prenez en main votre futur… à défaut du présent.

C’est la ritournelle des "lendemains qui chantent", de la prévision, de la prospective, du futur assuré et rassuré.

Au lieu des lendemains qui chantent, demain on rase gratis, plus tard vous vous féliciterez d’avoir investi...

Envisageons une autre possibilité : "la vie c’est maintenant".
La vie c’est prendre en main son présent. Alors je conduis ma vie en connexion avec ma téléologie et en la respectant, ce qui m’amène à négocier avec le monde et les autres, d’égal à égal. Je m’engage.
Il est alors plus facile de différencier ce qui va de ce qui ne va pas, ce qui concerne tel contexte et ce qui concerne tel autre contexte,…
Et d’arbitrer sa vie professionnelle et sa vie privée.

Autrement dit,
la responsabilité de ma vie m’amène à faire des choix. Et s’il n’y a pas cohérence, adéquation entre mes valeurs, mon but de vie (Telos) et les visées de l’entreprise, je garde ma capacité de réflexion, de décision et d’action. Je sais que m’endetter c’est peut-être prévoir mais c’est aussi le chien de la fable de la Fontaine (Le loup et le chien) "Il y a des fois où l’on m’attache". Jusqu’où je m’entrave, jusqu’où l’obéis, jusqu’où j’entrave mon futur au point de ne plus avoir de liberté d’action maintenant ? Au risque de me retrouver en "échec". Comment préserver ma propre mobilité, ma capacité à agir ?

Ah, me direz-vous, mais où est le coaching dans tout cela ?
Le coaching n’est pas une mise en conformité. L’autonomie personnelle c’est maintenant ce n’est pas préparer le futur. Dans un groupe, la loyauté est située et négociée - pas de conflit de loyauté, mais arbitrages. J’ai du pouvoir, celui de dire oui ou non à une demande, à un indicateur de résultat.
Je suis le pilote de « mes différentes vies » : santé, repos, travail (avec moi, ou/et avec l’entreprise), famille, plaisirs... de mes identités multiples.
Mes décisions d’orientation de vie professionnelle sont en accord avec ce que je veux de bon pour moi. Qu’elles ne soient pas contradictoires avec ma vie privée.

Le coaching aide à se maintenir cohérent, à décider dans sa vie :
1/ de rester dans l’entreprise et de lui apporter ce qu’elle demande en terme de production, rentabilité, efficacité et de se respecter,
2/ et de demander, de négocier tout ou partie de ce que l’on souhaite au lieu de la plainte ; redéfinition du rôle pour une cohérence qui me permet d’agir sainement,
3/ et de décider de dire non à une demande ou un ordre qui est en conflit avec mes intérêts, mes valeurs, ou mon territoire,
4/ en laissant volontairement de côté tous les autres cas de coaching (temps, relation, estime de soi, prise de poste, et j’en passe).

Pierre Weil nous dit que « les conflits naissent sur les frontières : des conflits de valeur, des conflits d’intérêt, des conflits de territoire ».
Aidons nos clients à délimiter le contexte, le territoire, qui pose question/problème et dont les relations, la direction et les valeurs sont à renégocier, si possible.

Ma vie est personnelle et elle s’exprime dans des champs privés, professionnels, sociaux. J’existe donc dans le champ privé avec la famille.
J’existe aussi dans le monde d’entreprise – dans le champ de la vie mondaine/sociale.
Prendre une décision c’est faire appel à ma personne dans le champ concerné par la décision. Sinon je peux me sentir en soumission.

Il n’y a pas d’opposition entre le personnel et le professionnel puisque j’existe dans différents champs relationnels (privés, pro, sociaux). Et, malgré tout, pour un coach, accueillir une plainte, une difficulté, un problème, c’est aussi savoir délimiter le territoire dans lequel travailler ensemble et la porte par laquelle entrer. Le coaching propose d’identifier, de délimiter le contexte professionnel pour travailler finement et rapidement en collaboration avec le client.

Quant au coaching de vie, la vie est bien trop complexe pour l’aborder en 8 séances, et les compétences de coach sont-elles alors suffisantes ?

Nicolas De Beer est coach, formateur, responsable de la supervision et analyse de pratiques professionnelles.
Membre titulaire de l’Association Européenne de Coaching - Membre d’EMCC. Il est membre de Narrative Connections, réseau international des praticiens narratifs. Directeur-Gérant de Médiat-Coaching (www.mediat-coaching.com).
Isabelle Laplante.
Membre d’EMCC (European Mentoring and Coaching Council). Titulaire de l’AEC (Association Européenne de Coaching). Membre de Narrative Connections. Responsable pédagogique, Formatrice des coachs Médiat-Coaching - Coach accréditée par la Commission Européenne. (isabelle.laplante@mediat-coaching.com)

Article publié le 9 juin 2013
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