Un ordre n’est jamais établi définitivement, le propre de l’équilibre est de maintenir une instabilité précaire. Choisir de peindre cet état vous tient suspendu à un fil très ténu. La bonne longueur pour les jambes c’est quand les deux pieds touchent par terre, que l’enracinement garantisse un appui, alors l’envol est possible l’espace d’un instant.
Nicholas Stedman joue à lancer les corps en l’air et comme un chat qui s’amuse d’une souris, il les saisit pour les peindre alors qu’ils sont à l’apogée. Dans un millionième de seconde, ils entreront dans la chute, aspirés par le gouffre. Point d’impact, l’éminence de la chute est la seule érotisation de l’instant. Sur le registre du temps c’est l’oppressante attente du plongeur sur le bord la roche, prêt à basculer dans la faille de la crique aspirer dans l’élément liquide, les plis de la mer. Ce corps, ce morceau de moi me le rendra-t-elle ?
La rupture se fait plus dure encore dans l’élément terrestre qui nous est plus coutumier que les zones aériennes peu fréquentées par la plupart des humains. À tout moment on se laisse à penser que l’instant est sûr, que l’enchaînement du temps apportera satisfaction, on espère une rencontre, elle va avoir lieu, c’est certain tout est là. Les séquences de temps sont chorégraphiées, le paysage corporel vous induit dans une profonde erreur, failles, craquelures fourrure et touffes, tout est évocation pour finalement accentuer la privation de l’objet du désir. L’évidence de la limite à ne pas franchir vous signifie que vous n’etes pas invité à partager l’intime. Nous devons rester en deçà, nous ne serons jamais là, encore moins en delà.
Nicholas Stedman nous entretient dans un univers où les éléments flexibles et soyeux se heurtent à la rigidité du temps. Le soyeux déshumanisé est celui des fourrures synthétiques qui supplée au duvet que l’on espère au creux de la femme aimée. Nicholas Stedman sait nous en priver, le troc est inéquitable, mais l’art donne le droit de rappeler que rien n’est sûr, le réel reste à jamais aléatoire. La vie est à confirmer à chaque respiration.
Parmi les jeux, il en est un qui semble omniprésent, il circule dans la légère brise qui souffle, il glisse sur les peaux, caresse le derme, sèche les maillots humide de la sueur intime. Je veux parler du vertige qui exalte les très jeunes filles quand elles font de la balançoire. L’émoi de se précipiter dans le vide rencontre le regard du spectateur, qui saisit un instant d’envol sublime mêlé de crainte que l’enfant innocent ne se blesse. Nicholas Stedman sait que le regard plonge dans le corps comme les corps se jettent dans l’espoir de s’envoler, il a choisi de suspendre l’instant de l’impact comme un petit enfant caché derrière ses mains qui dit : "Coucou tu ne peux pas me voir !".
Un ordre n’est jamais établi définitivement, le propre de l’équilibre est de maintenir une instabilité précaire. Choisir de peindre cet état vous tient suspendu à un fil très ténu. La bonne longueur pour les jambes c’est quand les deux pieds touchent par terre, que l’enracinement garantisse un appui, alors l’envol est possible l’espace d’un instant.
© François PAUL-CAVALLIER
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