La Méthode Warnke®

Une thérapie causale

La recher­che inter­na­tio­nale sur la dys­pha­sie et la dys­lexie se consa­cre depuis de nom­breu­ses années aux causes du retard dans le déve­lop­pe­ment du lan­gage et de l’audi­tion.

1. Introduction

Au cours d’un symposium tenu à la New York Academy of Sciences du 12 au 15 septembre 1992 et intitulée « Temporal Processing in the Nervous System - Special Reference to Dyslexia and Dysphasia », plus de cent scientifiques se sont exprimés sur leurs récentes constatations dans ce domaine. Le rapport comprenant 60 conférences a été rendu public en juin 1993. Ce document montre de façon probante que la cause principale, si ce n’est la cause la plus importante, du retard dans le développement du langage écrit et oral, réside dans le traitement temporel des stimuli sensoriels, et ce essentiellement au niveau du traitement auditif central des sujets atteints.

Citons également le 7ème colloque pluridisciplinaire de la fondation Geers qui s’est réuni les 14 et 15 mars 1994 et qui a conclu sensiblement aux mêmes résultats. Un des participants à ce colloque, le Dr Uttenweiler, a démontré de façon très convaincante la différence absolument fondamentale qui existe entre l’audition périphérique et le traitement auditif central. Mais que devient cette problématique dans le paysage médical actuel avec les contraintes budgétaires que subissent médecins et thérapeutes ?

2. Audition périphérique - traitement auditif central

Commençons par un cas typique, qui uniquement pour des raisons de simplification a été reconstitué à partir de plusieurs cas : une mère consulte pour son fils de neuf ans dans le cabinet d’un pédiatre ou d’un ORL. Elle expose les problèmes de dyslexie de son garçon, qui obtient de bons résultats sauf en écriture et en lecture. Elle exprime son propre doute qu’il « n’entend [peut-être] pas bien », car, par exemple, lors des dictées en classe, où règne constamment une légère agitation, il demande plus souvent de répéter et fait malgré cela de nombreuses fautes. A l’inverse, la préparation des dictées au calme dans sa chambre ne pose généralement pas de problème. De plus, répondant aux questions du médecin, la mère évoque les symptômes suivants, qui sont ici reproduits de façon très abrégée :

- Le garçon ne réagit généralement pas quand on lui adresse la parole et semble avoir l’esprit ailleurs.
- Il est sensible aux bruits et se laisse distraire même par des bruits légers.
- Sa localisation auditive, son orientation auditive semblent lésées.
- Sa discrimination des hauteurs de son n’est pas adaptée à son âge.
- Il ne parle pas distinctement surtout sous stress.
- Sa capacité d’attention ne correspond pas à sa classe d’âge.
- Souvent il ne comprend les consignes orales complexes qu’avec un retard.

Le médecin attentif remarquera sûrement aussi que la mère parle avec un volume sonore de près de 10 dB supérieur à celui que la situation nécessiterait. De même, le volume sonore de parole de l’enfant s’est établit à ce niveau. En observant l’enfant se rendant à l’examen audiométrique, le médecin remarque également les mouvements homolatéraux de ses jambes et de ses bras. Il note également le tonus musculaire particulièrement faible de l’enfant quand il lui sert la main.

Les éléments donnés par la mère indiquant des troubles auditifs d’origine périphérique sont évidemment à considérer avec beaucoup de sérieux. Cependant, ni l’audiométrie, ni la tympanographie, ni le résultat normal de la mesure du réflexe stapédien ne révèle une quelconque anomalie. Le médecin peut dans ce cas rassurer la mère puisque l’enfant entend parfaitement bien. C’est certainement le cas pour l’audition périphérique. Or, dire cela n’aide pas suffisamment l’enfant. Dans cette accumulation de symptômes, il faut suspecter un trouble central du traitement auditif (Pr Esser, Düsseldorf).

3. Les différentes fonctions du traitement auditif central

Ce texte fournit toutes les informations concernant les principaux tests auditifs qui peuvent être proposés pour évaluer un retard dans le développement du langage oral et écrit. Avec ces éléments, vous serez à même de comprendre le diagnostic et l’entraînement dans le cas d’un trouble auditif central et choisirez éventuellement aussi d’assister à l’un des séminaires proposés par MediTECH France. Dans un premier temps, prenez connaissance de la liste ci-dessous, où figurent les cinq facultés les plus importantes et les troubles correspondant que l’on décèle assez rapidement en cas de troubles de l’audition centrale, autrement dit de troubles du traitement auditif :

- 3.1 Capacité de localisation auditive
- 3.2 Discrimination des hauteurs de son
- 3.3 Discrimination phonologique
- 3.4 Seuil d’ordonnancement auditif
- 3.5 Transposition auditivo-motrice

Il est important que vous compreniez les cinq troubles, en allant à l’essentiel, nous allons donc expliquer les facultés dans ces cinq sphères d’une personne sans trouble. Vous éprouverez peut-être le besoin de connaître davantage ce domaine qui, au premier abord, est étranger à la plupart d’entre vous. Pour la même raison, à chaque étape seront indiqués le montant des investissements nécessaires et le temps qu’un professeur, un thérapeute, ou une aide médicale consacre par enfant et par test.

3.1 Capacité de localisation auditive

Par ce terme, les spécialistes en psychoacoustique désignent la faculté des personnes entendantes à percevoir les différences directionnelles d’une source sonore. On perçoit ces différences avec une précision de 2 degrés d’angle ( !) devant, de 10 degrés d’angle sur les côtés et de 5 degrés d’angle derrière. Seule cette localisation nous permet de distinguer et de comprendre une source sonore au milieu d’un brouhaha. Ce phénomène auditif, que les spécialistes appellent trivialement l’effet « cocktail party », est le pendant de la perception figure-fond de la sphère visuelle. On peut le mesurer sans appareil particulier en demandant à l’enfant qui subit le test de fermer les yeux, puis vous prononcez des courtes syllabes en vous plaçant à différents endroits. L’enfant doit alors indiquer l’endroit d’où il pense avoir entendu la syllabe. Pour obtenir des résultats plus précis, on peut aussi utiliser ce que l’on appelle un générateur de bruit qui émet un bruit blanc et que l’on place à différents endroits. L’enfant qui subit le test doit, les yeux fermés, indiquer de quel endroit il a perçu les sons. Le générateur de bruit coûte environ 100 €, ce test nécessite près de 3 minutes – explications de fonctionnement comprises.

3.2 Discrimination des hauteurs de son

Les personnes qui entendent bien sont capables de discerner des différences de hauteurs tonales de deux sons qui se suivent de l’ordre de 1 à 2 %, c’est-à-dire qu’elles peuvent déterminer lequel du premier ou du second est le son le plus aigu ou le plus grave. Les enfants présentant un trouble auditif central ne peuvent que très rarement différencier un demi-ton (dans 5,9 % des cas), la plupart du temps ils ne distinguent pas un ton tempéré (dans 12,2 % des cas) ni parfois une simple octave (dans 18,9 % des cas). On peut facilement le constater avec un petit synthétiseur ou avec un xylophone. De même on peut utiliser l’« émetteur de 4 sons VTG 1000 » auquel la Pr P. Tallal a eu recours dans ses travaux. Le montant d’un petit synthétiseur s’élève environ à 30 €, celui d’un xylophone d’environ 40 €, celui d’un « émetteur de 4 sons » près de 50 €. Le test nécessite environ 3 minutes – explications de fonctionnement comprises. Il est possible de faire subir le test de façon systématique en comparaison avec des valeurs de référence grâce au Brain-Boy® Universal Professional (BUP), qui mesure huit fonctions de base et permet d’entraîner ces fonctions.

3.3 Discrimination phonologique

- >Faculté à distinguer les niveaux sonores = discrimination perceptive La discrimination perceptive est la capacité de chacun à distinguer des sons proches. On peut vérifier cette capacité en employant les mots comme « panne - canne » ou « gratte - grade ». Un moyen plus efficace encore est d’utiliser le CD du test de la discrimination perceptive. Cette méthode utilise des logatomes comme « ETI - EKI - EPI - EGI - … » et présente deux avantages : d’une part l’enfant ne peut pas recourir à son lexique orthographique et d’autre part le test a été enregistré en stéréophonie par tête artificielle et en situation réelle dans l’acoustique d’une salle de classe. Ce test est disponible sur CD (à ce jour non traduit en français, mais bientôt disponible) et s’utilise avec tout lecteur de CD classique. Il faut compter environ 250 € pour le lecteur CD, deux casques et un CD. Le test nécessite environ 15 minutes.

3.4 Seuil d’ordonnancement auditif

Le seuil d’ordonnancement auditif est l’intervalle de temps qui sépare nécessairement deux stimuli auditifs et nous permet de les percevoir de façon distincte et de les classer dans un ordre d’apparition. Le seuil d’ordonnancement auditif se situe à l’âge de six ans à environ 60 millisecondes puis atteint 30 à 40 millisecondes à l’âge de neuf ans. Chez les enfants qui ont un trouble du langage, ce seuil est deux voire trois fois plus lent. Le Brain-Boy® Universal est indiqué ici pour mesurer le seuil d’ordonnancement de la manière la moins chère et la plus précise possible, c’est un appareil qui tient dans la main et dont l’enfant peut se servir. Montant : 189 €. Ce test nécessite environ cinq minutes pour chaque fonction de base. Le Brain-Boy® Universal Professional (BUP) est destiné aux médecins et professionnels, il s’agit d’un système de test qui dispose d’une base de données pour les normes de référence.

3.5 Transposition auditivo-motrice

Le chercheur et professeur américain Peter H. Wolff de l’Université Harvard a démontré au cours de nombreux essais que, lorsque l’on propose à des enfants qui ont un trouble du langage de reproduire le rythme d’un métronome par des mouvements de doigts (fingertapping), ceux-ci n’éprouvent de grandes difficultés à exécuter l’exercice qu’à partir du moment où on leur demande de se servir du même doigt de chaque main (par exemple l’index), alternativement au rythme du métronome. Placez dans un premier temps le métronome sur le repère du milieu à 150 coups par minutes, cela représente un intervalle entre deux coups de 400 millisecondes. L’exercice ne devrait pas poser de problème à un enfant qui a un trouble du traitement central auditif. Augmentez alors la cadence en plusieurs fois pour atteindre 270 coups par minute soit 222 millisecondes. A ce stade un enfant qui a un trouble de l’audition centrale sera perdu. Montant du métronome : environ 40 €. Ce test nécessite environ 5 minutes.

4. La méthode d’entraînement

- 4.1 Entraînement des seuils d’ordonnancement
- 4.2 Entraînement de la coordination des hémisphères cérébraux
- 4.3 Utilisation à domicile et en cabinet

La méthode d’entraînement dont le principal objectif est d’améliorer le seuil d’ordonnancement et la discrimination perceptive, a tout d’abord été appliquée à la sphère domestique avant de devenir une référence dans les cabinets de médecins, ergothérapeutes, orthophonistes soignant les troubles du langage et la dyslexie. Cette méthode consiste en deux procédés distincts qui peuvent être mis en place séparément mais que l’on utilise de préférence de façon combinée.

4.1 Entraînement des seuils d’ordonnancement

Il est acquis depuis peu que le seuil d’ordonnancement est une condition importante dans le traitement auditif central pour posséder une parfaite discrimination perceptive. L’entraînement de l’ordonnancement est basé sur un brevet et consiste, au moyen d’un effet de synergie des traitements auditif et visuel centraux, à utiliser le seuil d’ordonnancement visuel, qui est plus rapide chez les enfants concernés, pour accélérer le seuil d’ordonnancement auditif qui est, chez eux, plus lent. Dès lors, améliorer cette faculté nécessite un appareillage unique. Le Brain-Boy® fonctionne de la même façon que pour la mesure du seuil d’ordonnancement : dans un premier temps, le seuil d’ordonnancement auditif est calculé à l’aide de deux clics consécutifs, puis le seuil d’ordonnancement visuel est évalué au moyen de deux flashs consécutifs. Ensuite commence l’entraînement à proprement parler, où le seuil d’ordonnancement auditif est amélioré par un soutien visuel. Pour cela l’appareil est réglé sur la position VISUEL + AUDITIF. Sur ce mode, l’enfant perçoit simultanément les deux clics et les deux diodes qui s’allument, ainsi le stimulus visuel et le stimulus auditif sont absolument synchrones. Quand l’enfant réagit correctement, l’intervalle entre les signaux diminuent de 10 millisecondes, mais ce temps s’allonge d’autant en cas de mauvaise réponse.

On progresse de façon surprenante avec ce jeu. Après quelques semaines de pratique régulière de l’exercice auditif-visuel combiné, la plupart des utilisateurs de Brain-Boy® ont nettement amélioré leurs scores des seuils d’ordonnancement tant auditif que visuel en comparaison des mesures initiales. Pour entretenir ces progrès, il faut bien sûr pratiquer un entraînement régulier sur une certaine période. Précisons enfin que le Brain-Boy® tient dans la main, fonctionne plusieurs mois avec une pile de 9 V et reste accessible aux enfants d’âge préscolaire.

4.2 Entraînement de la coordination des hémisphères cérébraux

A ce stade de l’entraînement, il est admis qu’une dégradation du traitement auditif central est partiellement subordonnée à une coordination insuffisante des deux hémisphères du cerveau. Des éléments en ce sens figurent dans plusieurs études menées par le professeur américain Peter H. Wolff. L’entraînement prévoit donc différents exercices répartis par niveaux de difficulté croissante suivant un rythme hebdomadaire. Il s’agit d’exercices d’écoute, de chant et de répétition. La caractéristique de cette méthode brevetée est que les chansons et les textes proposés font un va-et-vient permanent en passant d’une oreille à l’autre dans le casque de l’enfant.

Dans la pratique, le casque est relié à un appareil spécial lui-même relié au lecteur CD. L’enfant écoute des textes chantés et des textes lus comme ceux des histoires de Hifino (à ce jour non traduit en français), enregistrées en stéréophonie par tête artificielle, qui passent grâce à cet appareil successivement d’une oreille à l’autre selon un rythme temporel donné. Dès qu’il se sent prêt, l’enfant commence à chanter ces textes dans son micro, éventuellement à les lire en simultané ou à les répéter. Dans le même temps, il entend sa propre voix dans le casque, en face de la voix-modèle, les voix passant alternativement d’une oreille à l’autre. Ainsi par exemple, lorsque la voix-modèle arrive à droite l’enfant entend sa voix à gauche ; puis, lorsque la voix-modèle passe à gauche, il entend sa propre voix passer de gauche à droite. Grâce à cette méthode, les connexions neurologiques existantes sont constamment renforcées et de nouvelles connexions sont créées. Les nombreux enfants et adultes qui l’ont déjà utilisée, disent de cette partie de la méthode qu’elle leur a permis d’avoir un nouveau rapport au langage et de gagner davantage d’assurance pour s’exprimer. Un sondage réalisé auprès de 50 familles qui ont suivi un entraînement de six mois a montré que 94 % des personnes entraînées avaient progressé en lecture et que 86 % d’entre elles avaient amélioré leur orthographe.

4.3 Utilisation à domicile et en cabinet

Les deux méthodes d’entraînement que nous venons de décrire ont, à l’origine, été mises au point dans le but de poursuivre à la maison un suivi pris en charge par un orthophoniste, un éducateur spécialisé dans les troubles du langage oral, un éducateur soignant la dyslexie ou autre spécialiste. Par la suite, de nombreux praticiens de ces corps de métier ont intégré dans leurs thérapies certains éléments des méthodes décrites. Présenter tous ces éléments dépasserait le cadre de notre propos, voici toutefois quelques conseils :

- Pour les enfants ne sachant pas encore lire (préscolaires ou CP), il existe un CD de 36 chansons correspondant à la tessiture d’enfants de 5 à 7 ans, enregistrées en stéréophonie par tête artificielle, il s’agit pour les enfants de chanter des chansons synchroniquement avec le modèle.

- Les casques sont tout indiqués pour les exercices de dictée, puisque la voix du thérapeute passe d’une oreille à l’autre, de plus ils permettent de superposer un bruit d’effet de salle perturbateur plus ou moins fort qui exerce la perception figure-fond de l’enfant.

- L’enfant et le thérapeute peuvent lire ces dictées à haute voix simultanément chacun dans leur micro, ce qui permet au thérapeute de s’arrêter quelques instants quand il y une faute, pour laisser le temps à l’enfant de corriger tout seul son erreur.

- Le fait que thérapeute et élève travaillent à haute voix synchroniquement est plus motivant et plus efficace.

En résumé : vous venez de prendre connaissance avec les cinq méthodes qui permettent de déceler de façon fiable un trouble de l’audition centrale comme éventuelle cause partielle de troubles du langage, ces tests nécessitant un investissement de 500 à 1 500 € (en fonction du niveau d’équipement). C’est un investissement certes mais que doit-on dire aux parents d’un enfant pour lequel un trouble central de l’audition a été détecté ? A cette question, nous répondons qu’il conviendrait de se familiariser avec une méthode d’entraînement du traitement auditif de base qui a fait ses preuves dans des milliers de cas.

- Meditech-France


Article publié le 16 février 2009
Cet article vous a intéressé ? Restez informé des nouveautés en vous abonnant à notre newsletter.
Partager cet article
Autre(s) article(s) de Meditech-France
La Méthode Warnke® /MediTECH
La Méthode Warnke® /MediTECH
La Méthode Warnke® considère que les difficultés d’apprentissage, comme la dyslexie ou la dysorthographie, relèvent d’un déficit du traitement (...)

Auteur(s)
Thème(s) associé(s)
Mieux-Etre.org
Recevoir notre newsletter Annoncer sur Mieux-Etre.org Nous suivre
  • 6 visiteurs en ce moment

    Trouver en un clic
    Formations par disciplines Association professionnelles Les "Unes" Vidéos entretiens Livres, CD, DVD
    Avertissement
    L'information diffusée sur Mieux-Etre.org est destinée à encourager, et non à remplacer, les relations existantes entre le visiteur du site et son médecin ou son thérapeute.
    Ce site respecte les principes de la charte HONcode. Vérifiez ici.
    Mieux-Etre.org
    © sprl Parcours
    Tous droits réservés
    Mentions légales