Au début de cet été 2004, une loi pour la psychothérapie est née en France après un accouchement douloureux. Elle fut promulguée très exactement le 9 août 2004 par le Président de la République, dans un Article 52 de la Loi de santé publique. Elle a pour objectif essentiel de protéger le titre de psychothérapeute et de fonder la profession sur des bases formatives en psychopathologique clinique.
C’est un texte ambigu, pour ne pas dire inique pour les psychothérapeutes français, car il est le résultat d’une longue bataille contre l’OPA des autres psys sur la psychothérapie, et nécessairement il en garde la trace.
En effet, dès le début du combat, le législateur français cherchait à donner le titre de psychothérapeute, de droit aux psychiatres, aux psychologues et aux psychanalystes, en le rendant difficilement accessible aux psychothérapeutes. Comment en sommes-nous arrivés là ?
Face aux psychiatres et aux psychologues dont la pratique est légalisée par un diplôme d’état, mais également face aux psychanalystes légitimés quant à eux par cent ans de recherches, de publications, de remise en question constante et grâce à une clairvoyance dans leur positionnement qui n’a jamais nuit à leur identité professionnelle, les psychothérapeutes français à l’inverse n’ont eut de cesse d’adopter une attitude défensive pour protéger ce qu’ils estimaient leurs prérogatives. Cette attitude a généré l’agressivité des autres psys, puis la compassion, pour finalement les conduire à leur disparition.
En effet, tout s’origine dans un ensemble d’erreurs successives des organismes représentatifs des psychothérapeutes français qui ont cruellement manqué de réflexion et de vision politique, notamment au sein des directions syndicales sensées les représenter et les défendre.
Tout commence avec le SNPPsy (Syndicat National des Praticiens en Psychothérapie) lorsque ce dernier a pris l’initiative à la fin des années 90, de demander à l’Afnor une étude sur la psychothérapie, qui a été reprise et finalisée par la Ffdp (qui était à l’époque la seule Fédération Française de psychothérapie). Cela a donné un rapport qui a eu deux conséquences désastreuses, l’une qui a été celle d’irriter les psychiatres, qui, par l’action d’un de ses présidents ont saisi le député Bernard Accoyer, afin de déposer un premier projet de loi, qui avait pour fonction d’éradiquer les psychothérapeutes du Champ psy français, et l’autre qui fut de provoquer la scission de la Ffdp et de créer l’Affop (Association fédérative française des organismes de psychothérapie).
Non content de ce fiasco, le SNPPsy, s’enfonce dans cette voie, en demandant au député Vert Jean-Michel Marchant, de faire un projet de Loi qui, non seulement ne protège pas la profession, mais de plus attise la guerre avec les autres psys, et cette fois les psychothérapeutes ont contre eux : les psychologues, les psychiatres, ce qui motive Bernard Accoyer à présenter à nouveau son texte qui est heureusement repoussé par le gouvernement de gauche de l’époque.
Comme je l’avais prédit en 2002 au Colloque de l’Affop à l’Assemblée nationale, avec le changement de majorité politique en France, Monsieur Accoyer est revenu renforcé par une majorité absolue. Et il n’a alors pas fallu attendre longtemps pour voir le retour de son Amendement qui cherchait à rayer de la carte les psychothérapeutes, par une sorte d’OPA sur le titre. Je rappelle que ce texte a été voté en première lecture avec panache le 8 octobre 2003 à l’unanimité de la représentation nationale. C’est par ma vigilance et ma capacité à mobiliser, avec l’aide inespérée des psychanalystes qui avaient compris l’intérêt de rejoindre le mouvement, que nous avons réussi à relancer le débat sur la place des psychothérapeutes en France.
Dès lors, toute mon énergie, avec celle retrouvée de la Ffdp, a été de travailler avec le législateur, pour qu’un texte de loi ne confirme pas l’OPA lancée sur la profession de psychothérapeute et cela, malgré les tergiversations de la direction du SNPPsy, qui tantôt faisait valoir des exigences dans les négociations, tantôt se rangeait du côté de ceux qui revendiquaient une résistance à l’application de tout texte de loi et se retirait momentanément du débat.
Or, jusqu’au dernier jour du débat de la CMP (Commission mixte paritaire), je n’ai cessé d’être vigilant sur trois points, d’une part que le titre de psychothérapeute ne soit pas donné de droit aux psychiatres, psychologues, médecins et psychanalystes, d’autre part que la profession ne soit pas assimilée à une profession de santé, et qu’enfin les psychothérapeutes aient devant cette loi une égalité de traitement avec les autres psys.
Ceux qui s’intéressent à la question, savent ce qu’il en est de ce texte, dont chacun doit savoir que, le dernier alinéa qui rétablit quelque peu la parité entre les psys, a été obtenu la veille du vote de la CMP, par un contact direct de Serge Ginger (Secrétaire général de la FFdp) et moi-même, avec le député Chabroux, qui a eu l’intelligence de le faire passer.
Pour autant, la partie n’est pas gagnée, il manque les décrets d’application, et à nouveau la stratégie que proposent la plupart des organismes qui prétendent défendre la profession de psychothérapeute, comme l’actuelle direction du SNPPsy, est celle du pire.
Ainsi, sur ce point, prenons pour exemple les décisions de la dernière AG du SNPsy du 19 novembre 2004, qui signe ici le « Malaise dans la civilisation » psy.
Je ne prendrais que le rapport moral du président, comme preuve symbolique du manque de vision politique pour cette bataille pour la sauvegarde de la profession des psychothérapeutes ni psychiatres, ni psychologues. Celui-ci insiste sur un point sur lequel je suis plus que jamais en total désaccord à savoir « la psychothérapie relationnelle ». Je passe sur le fait que cette terminologie inadéquate pour ne pas dire ridicule, fait symptôme d’un manque de conceptualisation, mais m’étant rendu à cette AG, j’ai insisté sur le fait qu’au moment de la négociation qui nécessite de trouver un consensus sur la formation minimale qui donnera le titre de psychothérapeute, notamment à ceux qui ne l’ont pas de droit, il faut éviter que ces derniers se démarquent. Sinon, dans ce cas, le risque est grand d’entendre le ministère dire à ces braves psychothérapeutes relationnels, que leurs « cinq critères » sont sans doute remarquables de qualité, mais que légiférant sur le titre de psychothérapeute et pas sur celui de psychothérapeute relationnel, ils n’auront donc pas ce titre.
Même si cela m’a beaucoup coûté de participer à cette A.G, je considérais qu’il était de ma responsabilité de venir alerter mes collègues, sur le danger que constitue le SNPPsy pour la profession, à cause de son manque de vison politique récurrent, qui nous a conduit à l’impasse dans laquelle les psychothérapeutes se trouvent, et qui va les conduire droit dans le mur si nous continuons à suivre la direction que les titulaires du SNPPsy insufflent à ce syndicat.
Considérant que, pour satisfaire le narcissisme et l’ego, de certains qui revendiquent la paternité d’une nouvelle nomination de notre profession ou de notre syndicat, ils vont entraîner inéluctablement la disparition pure et simple des psychothérapeutes français que l’on appelait naguère de la troisième voie, entraînant dans leur chute de nombreuses écoles de formation.
C’est pourquoi dès janvier, je vais proposer une autre stratégie pour défendre la profession de psychothérapeute fondée sur l’idée directrice suivante : il s’agira de changer notre mode de communication et de présenter les psychothérapeutes d’avant la loi comme ceux qui seront après l’application de celle-ci les spécialistes du soin psychique, non plus les seuls ou les meilleurs, mais simplement ceux qui se consacrent à plein temps ou exclusivement à cette spécialité, et qu’en conséquence ont une formation rigoureuse, notamment en psychopathologie clinique qu’il faudra faire valoir.
Pour cela, il faudra faire nombre avec tous les professionnels, pour revendiquer cette position au ministère, afin que les décrets d’application valident cette formation. Ensuite il sera temps de rentrer la « hache de guerre » pour la lutte des classes nosographiques ou des courants psychothérapeutiques, en vue de montrer la complémentarité des approches. Enfin il sera important de parler d’une seule voix, pour que la profession rassemblée puisse peser de tout son poids sur les négociations.
Avant cela, il est indispensable que la base des organismes français de psychothérapie oblige les « appareils » à reprendre la réflexion à partir des erreurs passées, pour renoncer à des conceptualisations aussi peu scientifiques qu’hasardeuses et redresser la barre de ces orientations autodestructrices, afin de retrouver une vision claire et à long terme des stratégies à mettre en œuvre pour que la loi française sur la psychothérapie ne consacre pas un enterrement de première classe de ses psychothérapeutes.
Mais en attendant en cette période de vœux, je souhaite à tous les psychothérapeutes français et francophones de Joyeuses Fêtes et une Bonne et heureuse année 2005.
Bruno Dal-Palu, est psychologue, psychothérapeute et docteur en psychanalyse.


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