Le Conseil d’Administration de l’AEMTC s’est penché sur les questions de la définition de la psychothérapie, des critères de la formation et de la reconnaissance du titre de psychothérapeute. Il a opté pour une définition large et consensuelle de la psychothérapie en la distinguant des autres types d’intervention psychologique. Il a privilégié des critères de formation rigoureux et exigeants pour garantir la compétence et le professionnalisme des psychothérapeutes, pour favoriser la lisibilité et la reconnaissance sociale (cfr le remboursement de la prestation) de la psychothérapie.
Les propositions du Conseil d’Administration seront adressées aux autorités compétentes, aux institutions et aux associations concernées par la psychothérapie et la formation des psychothérapeutes.
Nous avons voulu aussi en informer les membres de notre association et les lecteurs de la Revue. Nous souhaiterions connaître vos réactions, commentaires, suggestions voire critiques à ces propositions. N’hésitez pas à nous écrire, à communiquer, à dialoguer et à échanger, soit par la voie postale (rue St Laurent, 9, 4000-Liège) soit par internet (aemtc.rfccc@planetinternet.be) !
Propositions du Conseil d’Administration de l’AEMTC
concernant la reconnaissance légale de l’exercice de la psychothérapie et la protection du titre de psychothérapeute
1. Préambule
Réglementer l’exercice de la psychothérapie et protéger le titre de psychothérapeute constituent une priorité pour les personnes qui recourent aux services des psychothérapeutes, pour les pouvoirs publics et pour les professionnels de la santé. Le public attend des soins psychothérapeutiques de qualité, pratiqués par des professionnels qualifiés, respectueux des règles déontologiques et éthiques. La société doit assurer aux citoyens des psychothérapies transparentes, utiles et accessibles à tous. Les psychothérapeutes doivent se former spécifiquement pour offrir à leurs clients/patients des soins de santé de qualité.
La psychothérapie fait partie des professions de la santé. Dans les pays où le titre de psychothérapeute et l’exercice de la psychothérapie sont régis par une loi, le pouvoir décisionnel appartient au ministre en charge de la santé publique. Sur le plan européen, huit pays ont légiféré sur la psychothérapie. Celle-ci est considérée comme une spécialisation de la psychiatrie et de la psychologie dans cinq pays (Pays-Bas, Allemagne, Espagne, Italie, Norvège) et comme une profession à part entière (2) dans trois autres (Autriche, Finlande, Suède), Au sein des pays sans législation, le Royaume-Uni et l’Irlande se caractérisent par une réglementation stricte relevant d’une association professionnelle nationale (Lietaer et al., 2003).
Plusieurs associations mondiales et européennes ont défini les critères et le contenu d’une formation spécialisée à la psychothérapie. Cette formation doit comporter un volet théorique et méthodologique ainsi qu’une pratique clinique supervisée. Elle peut être complétée par une « thérapie personnelle » (obligatoire ou facultative selon les associations) et un rapport de fin de cycle. Sa durée est habituellement de 3 ans au minimum. Des critères d’éligibilité (pré-requis) sont également proposés. La pratique psychothérapeutique est très hétérogène sur le plan de ses fondements théoriques, conceptuels et méthodologiques.
Cette diversité est considérée comme une source de richesse mais elle ne concourt pas à la lisibilité sociale de la profession et alimente des controverses voire des polémiques stériles. Les courants psychanalytique, humaniste, cognitivo-comportementaliste, systémique ont depuis longtemps une assise scientifique, académique et associative reconnue sur le plan international et national. La majorité des psychothérapeutes se réfèrent à l’un ou l’autre de ces quatre courants mais, bon nombre d’entre eux ont une pratique éclectique qui intègre différents apports conceptuels et méthodologiques (perspective intégrative).
Chaque courant définit la psychothérapie, ses buts et ses modalités, par rapport à son cadre théorique et conceptuel.. Certaines approches affirment leur supériorité sur d’autres en argumentant que leurs buts sont plus « humains », plus « englobants », plus « profonds »,….Toutefois, « la signification et l’intérêt d’une méthode thérapeutique résident moins dans les buts qu’elle propose que dans la capacité à les atteindre, c’est-à-dire non pas dans ce qu’elle promet mais dans ce qu’elle donne » (Huber, 1993).
2. Définition de la psychothérapie et de son champ d’application
La psychothérapie constitue une réponse à la demande d’une personne/un groupe. Cette demande est consécutive à l’expérience subjective d’un manque/désordre/déviation dans le fonctionnement psychologique qui est vécu comme un problème/une souffrance, qui n’est pas compris et persiste malgré des tentatives de solution répétées.
L’intervention psychothérapeutique peut être définie par cinq critères :
1° elle est un processus interactionnel entre un patient/client/groupe et un thérapeute professionnel, prestataire de soins ;
2° ce processus vise à influencer des problèmes/ troubles psychologiques ou des états de souffrance ;
3° ceux-ci sont considérés comme nécessitant un traitement par des moyens psychologiques ;
4° ces moyens reposent sur des modèles théoriques scientifiquement reconnus et s’appuient sur des méthodes d’intervention validées, respectant la dignité humaine, le cadre législatif et les règles déontologiques ;
5° ils ont pour but de favoriser chez le patient/client/groupe des changements significatifs dans son fonctionnement cognitif/émotionnel/comportemental et/ou dans son système interpersonnel et/ou dans sa personnalité et/ou dans son état de santé (Huber, 1993).
La psychothérapie porte donc sur la subjectivité personnelle, les comportements (actions, émotions, cognitions), le système environnemental - en particulier relationnel - du client/patient, ainsi que sur sa santé physique. Elle vise un mieux-être psychologique et physique. Elle se pratique à un niveau individuel ou collectif (couple, famille, groupe, institution).
L’intervention psychothérapeutique relève de la démarche thérapeutique (diminution de la prévalence d’un problème/trouble/souffrance). Elle se distingue du conseil psychologique, de l’accompagnement psychologique et de l’intervention de crise qui s’inscrivent davantage dans la démarche d’épanouissement et de promotion de la santé, et/ou de prévention et/ou de réhabilitation. Ces interventions nécessitent une sensibilisation des prestataires aux modalités relationnelles pertinentes (écoute, empathie, bienveillance) mais elles n’exigent pas une formation spécialisée de longue durée. Elles peuvent ou non déboucher sur une indication de psychothérapie.
Le psychothérapeute doit être attentif à la santé physique de son client/patient, en particulier aux aspects somatiques des problèmes/troubles traités. Il doit travailler en étroite collaboration avec les autres prestataires d’aide et de soins dans un esprit de respect mutuel et en toute indépendance, dans les limites des champs respectifs de compétence.
La psychothérapie est à la fois une science et un art. Elle se fonde sur un corpus de connaissances théoriques et méthodologiques en psychologie, en psychothérapie, en médecine et dans les disciplines connexes. Elle met aussi en oeuvre les qualités humaines et relationnelles du thérapeute dont la compétence réside dans « le bonheur, l’élégance et l’efficacité avec lesquels il applique les savoirs théoriques et méthodologiques à la résolution des problèmes/troubles d’un sujet singulier » (Huber, 1993).
3. Formation à la psychothérapie
3.1 Formation de base (pré-requis).
La formation à la psychothérapie est accessible aux étudiants détenteurs au minimum d’une Maîtrise (cinq ans d’études de niveau universitaire).
Les candidats à la formation doivent avoir réussi des examens de niveau universitaire en psychologie clinique (méthodes diagnostiques, évaluatives et d’intervention), en psychologie développementale, en psychopathologie et psychiatrie, en anatomie et physiologie humaine, en neurosciences, en psychopharmacologie, en méthodologie de la recherche et en statistiques.
L’éligibilité à la formation spécialisée en psychothérapie est déterminée par une Commission nationale des psychothérapeutes après un examen préalable de la candidature (voir point 6).
3.2 Formation spécialisée.
Pour obtenir le titre de psychothérapeute et pouvoir exercer la psychothérapie, les étudiants admis à la formation doivent se spécialiser par des cours théoriques et pratiques en psychothérapie, par de la pratique psychothérapeutique intensive et par des supervisions cliniques régulières.
L’organisation et le contenu de la formation sont du ressort d’institutions (publiques ou privées) reconnues après approbation du cursus par la Commission nationale des psychothérapeutes. Celle-ci accrédite les formations, les superviseurs et les lieux de stage.
Chaque courant reconnu de psychothérapie édicte l’organisation et le contenu de sa formation spécialisée, en tenant compte de ses spécificités. Néanmoins, des standards élevés de formation devraient être la règle pour garantir la compétence et le professionnalisme des psychothérapeutes.
Des critères minimaux communs à toutes les approches psychothérapeutiques enseignées devraient être établis. Par exemple, la formation à la psychothérapie s’étalerait sur trois ans au moins. Elle comprendrait un minimum de 400 heures de formation théorique et méthodologique à la psychothérapie, un minimum de 500 heures de pratique psychothérapeutique supervisée (par un superviseur accrédité) et un minimum de 100 heures de supervision (individuelle et de groupe). Elle s’achèverait par la défense devant un jury d’un mémoire ou par la publication d’un article dans une revue avec référents (European Federation of Psychologists’ Association, 1997).
Au cours de leur spécialisation à la psychothérapie, les candidats psychothérapeutes cognitivo- comportementalistes apprennent les bases de la thérapie non directive, du counseling et de l’approche motivationnelle (Miller & Rollnick, 2002). Ils apprennent les thérapies validées empiriquement pour traiter les troubles mentaux pour lesquels de tels traitements existent et, pour les autres problèmes psychologiques, d’autres stratégies, méthodes et techniques réputées thérapeutiques, en veillant à appuyer leur pratique sur les connaissances scientifiques actuelles en psychologie, psychothérapie, psychiatrie et d’autres disciplines connexes (Nathan & Gorman, 2002). Ils sont formés aux facteurs de la relation thérapeutique qui semblent les plus efficaces (Norcross, 2002). Des stages cliniques (de minimum six mois) et des supervisions cliniques (de minimum 30 heures /année) facilitent cet apprentissage.
Au terme de leurs études, les candidats psychothérapeutes cognitivo-comportementalistes auront suivi des cours théoriques et méthodologiques fondamentaux en psychologie, en psychiatrie et en psychothérapie. Parmi ceux-ci, citons comme exemples un cours d’introduction à la psychologie clinique, à la psychiatrie et à la psychothérapie ; un cours de psychopathologie et de psychiatrie générale ; un cours de diagnostic et d’évaluation clinique ; un cours d’orientation thérapeutique ; un cours de méthodologie de la recherche empirique en psychologie clinique et en psychothérapie ; un cours sur la recherche en psychothérapie ; un cours de neurosciences ; un cours de psychopharmacologie ; un cours sur les théories de l’apprentissage et de la motivation ; un cours de psychologie du développement ; un cours de psychologie expérimentale (cognitive et sociale) appliquée à la psychothérapie ; un cours de législation et de déontologie en santé mentale ; un cours de philosophie des sciences. Des dispenses existeront pour les cours réussis pendant les études universitaires de base (Baccalauréat et Maîtrise).
Pour les thérapeutes cognitivo-comportementalistes, une thérapie personnelle est facultative. Elle ne constitue pas un pré-requis obligatoire pour l’accès à la formation, ni une exigence en cours de formation.
4. Obtention du titre de psychothérapeute
Le titre de psychothérapeute est délivré par la Commission nationale des psychothérapeutes après un examen du dossier de formation du candidat. Pour garantir la lisibilité sociale, ce titre est précédé de la mention de la profession de base. L’orientation théorique et méthodologique choisie par le candidat est également précisée.
5. Mesures transitoires
Beaucoup de psychothérapeutes actuellement en exercice ne rencontrent pas les critères de formation énoncés (Lietar et al., 2003). Ceux-ci peuvent se mettre en conformité avec la réglementation légale dans un délai de cinq ans après la publication officielle de la législation en la matière. Les demandes individuelles sont examinées par la Commission nationale des psychothérapeutes qui statue sur les dérogations et les exigences complémentaires.
6. Commission nationale des psychothérapeutes
A l’instar de la Commission nationale des psychologues, une Commission nationale des psychothérapeutes doit être instituée (Lietar et al., 2003). Elle a pour mission la définition de critères d’accréditation des formations et leur application, des superviseurs et des lieux de stage l’examen des candidatures, l’attribution du titre aux professionnels formés, la procédure de traitement des plaintes et des sanctions. Ce Conseil national doit être composé en majorité de représentants de la profession ainsi que de représentants du corps académique et des institutions privées impliquées dans la formation. Des juristes et des représentants d’association de clients/patients y sont associés.
7. Conclusions
La psychothérapie est une profession de la santé qui nécessite une formation spécialisée de longue durée. Celle-ci devrait préférentiellement correspondre à une Maîtrise complémentaire. Une réglementation de l’exercice de la psychothérapie et une protection du titre de psychothérapeute sont nécessaires. Les dispositions législatives doivent s’inscrire dans le cadre de la réglementation des professions de la santé, en particulier de celle concernant l’exercice de la psychologie clinique.
Le législateur doit tenir compte des réglementations européennes en la matière, des avis du monde académique, psychologique et médical, des associations professionnelles et des usagers des soins de santé.
Plus d’info : http://www.ulg.ac.be/aemtc/la_psychotherapie.html
Un forum sur ce sujet est ouvert ici:http://mieux-etre.org/inv13/forums//index.php?showforum=33
Les principales activités de l’AEMTC
La formation.
En Belgique francophone, la formation aux thérapies comportementales et cognitives est actuellement assurée par un enseignement de 3ème cycle universitaire organisé à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education de l’Université de Louvain-la-Neuve, avec la collaboration de l’AEMTC et des membres de plusieurs universités (principalement l’Université de Bruxelles, l’Université de Liège et l’Université de Mons-Hainaut).
Cette formation est réservée aux licenciés en psychologie, aux psychiatres et aux candidats spécialistes en psychiatrie. Elle s’étend sur trois ans. Les cours se donnent le samedi.
La formation implique une insertion dans une pratique clinique, soit comme salarié, soit comme stagiaire dans un Centre agréé.
Des manifestations scientifiques.
Tous les ans, l’AEMTC organise une journée scientifique sur une question importante aussi bien pour la pratique que pour les bases théoriques des thérapies comportementales et cognitives.
Des orateurs étrangers sont invités. Ces journées rassemblent les praticiens de la communauté francophone, mais elles sont ouvertes à toute personne intéressée.L’AEMTC collabore à l’organisation de la Journée annuelle du 3ème cycle en psychothérapie à Louvain-la-Neuve.
Une revue.
En association avec l’AFFORTHECC, l’AEMTC publie une revue trimestrielle : "Revue Francophone de Clinique Comportementale et Cognitive". Cette publication est destinée aux cliniciens et chercheurs d’expression française ayant un intérêt pour les thérapies comportementales et cognitives. Les articles publiés doivent faire preuve de qualités formelles et scientifiques, mais aussi d’un intérêt pour le praticien.

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