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Que vient donc faire le clown dans une quête de la non-violence ?

Gai-Rire de la violence par le Clown

Par Claude Berthoumieux

Il n’y a pas « une » violence, il y a plusieurs violences. C’est me faire violence que de nier qui je suis, c’est violent d’être intolérant et de juger, violent de vouloir posséder le monde, violent d’accorder encore du pouvoir à la violence pour résoudre nos problèmes !

Nous sommes remplis de peurs : peur de manquer, peur de perdre, peur de ne pas être reconnu, peur de ne pas être aimé ou de ne plus l’être, peur d’être abandonné, peur de mourir… Nous voulons toujours « plus » et, comme ce n’est pas possible, nous ne savons pas gérer nos frustrations, alors, ça nous rend violents. La plus grande violence étant de se fermer à l’amour.

Trouver son clown c’est prendre le risque d’être soi-même, de redécouvrir l’ouverture qui fût la nôtre avant que l’étau des convenances et de la peur ne se resserre, car, c’est, peut être de cette façon que nous avons perdu l’enthousiasme, la confiance en nous et que nous sommes devenus rigides et réactifs.

Notre clown se donne le droit de sentir… Si nous avons peur de nos émotions, c’est parce que nous croyons que cela nous fragilise. Nous n’avons plus le courage de nous monter tels que nous sommes. : Les « autres, les vilains », pourraient sûrement en profiter !

Notre jeu préféré : le ping-pong relationnel : « Tu me fais mal, je te rends ton coup » Face à une attaque, le clown est proactif, il garde « la balle » qu’il vient de recevoir pour en évaluer les effets. Son regard nous dit tout ce qui se passe en lui. Il va prendre le temps de gérer voir de digérer (gérer deux fois ! ) avant de choisir sa réaction. C’est précisément, dans cet espace-là que le clown nous permet d’avoir « une » réponse non-violente à la situation.

Notre clown est comme un enfant, au cœur même du sérieux sans jamais se prendre au sérieux !

Les autres nous provoquent, et alors ? !… Au lieu d’en profiter pour nous remettre en question, nous nous accrochons à nos certitudes et à nos petites habitudes. Nous avons délimité les murs de notre prison mentale et nous y vivons un peu à l’étroit ! Nous revendiquons nos pouvoirs chèrement acquis et nous nous érigeons en défenseurs de « l’ordre établi »par notre « petit moi » pour préserver la cohérence de notre système. Notre égo, monarque surpuissant et tyrannique nous dicte la conduite à tenir pour préserver les limites de notre petit royaume.

Le clown, « L’AUGUSTE » est la première victime-rebelle qui se joue du pouvoir. Sa fonction de « FOU du ROI » lui permet d’oser dire sa Vérité et non pas celle que les puissants définissent pour tout le monde. Le clown, en incarnant le désordre, le déséquilibre, dévoile les « maux » de l’ inconscient qu’il faut taire à tout pris, au risque de faire exploser (de rire) nos repères si sérieux !

« Mais la violence, la guerre, c’est du sérieux ! » me direz-vous.

Oui, en ce moment de l’Histoire de notre monde, mon Clown a du mal à rire de l’absurdité de ce qui va contre l’amour ou la vie car c’est un empathe, une sorte de bestiole qui a des antennes sur le cœur et qui ressent ce que les autres ressentent. Et même s’il sait que ce n’est pas « sa guerre » il ressent tout et ça peut lui faire très mal. Mais, c’est précisément parce qu’il entre en résonance avec la souffrance de l’autre ou celle de la nature, qu’il s’interdit de porter un jugement..

La vraie force du clown c’est d’aimer la vie… Ça c’est du sérieux !

Il la reçoit comme un cadeau, il la ressent, il l’exprime, Il se montre tel qu’il est, il accepte de ressentir la blessure, et quand il a mal, ça se voit dans son regard ! Le Clown est vivant, parce qu’il résiste à l’asepsie des choses, il a l’audace de ses émotions : rires, peurs, colères et joies, Il nous donne tout sans vergogne. Son délire nous emporte vers un monde ou nous pourrions vivre nos émotions et nos rêves sans aucune censure. Ses émotions sont absolues et sans transition il passe de l’une à l’autre, il jongle avec la vie, il est l’image de la vie tout court celle que nous avons peut-être perdue en "grandissant".

Etre clown, c’est faire le choix de la transparence.

Le clown s’accepte tel qu’il est, au présent. Être clown c’est accepter de se voir tel qu’on est ! Tel qu’on « nez «  ! Ce fameux nez rouge, symbole même de notre difformité intérieure, signe de notre fêlure profonde. Justement ! Le clown, sait qu’il n’est pas parfait et il l’assume ! En réalité, il excelle dans la faille ! Il n’évite pas le problème, il surfe dessus, il joue avec ses contradictions et il choisit sa réponse en fonction du public, lequel, par le biais même de la catharsis du théâtre, se délivre de ses propres tensions. Il ne cache pas ses états d’âme, parce qu’il sait que la violence c’est précisément de se retenir et de cacher ses mouvements d’humeur.

L’arme du rire pour faire face à l’adversité

Le clown est « désarmant » de sincérité. Champion du lâcher-prise, Il n’utilise pas les armes de la violence parce qu’il ne peut exister dans la dualité du pour ou contre . Pour lui tout est jeu ! Il désarçonne, déconcerte, surprend. Il n’est jamais là où on l’attend. Le clown n’est pas un guerrier à l’épée acérée, c’est un chevalier au cœur pur qui brandit la seule épée tout droit sortie du lac de nos angoisses ,la seule qui ne puisse nuire à personne : l’humour de soi.

Le Clown met en « dé-monstration » les mécanismes et les processus mentaux qui nous parcourent et c’est par le fait même de cette dé-« monstration » qu’il se délivre du « monstre », qu’il laisse émerger au grand jour. L’ombre déteste les feux de la rampe ! La conscience de l’acteur et les rires du public sont le meilleur dissolvant qui soit pour « l’ombre » qui émerge. L’ombre ne résiste pas à la lumière de la conscience. Le clown est engagé au cœur même des choses, au centre du sérieux. C’est avec la naïveté d’un enfant, qu’il croit à ce qui lui arrive, pense ce qu’il dit et ressent les choses au premier degré. Impliqué jusqu’au cou (coup) de la vie (spécialiste des baffes !). Il n’est pas hors-jeu, il est n’est jamais hors du « JE » parce qu’il ose être tout simplement lui-même.

Avec le clown, nous cessons d’accorder du pouvoir à la violence

En principe, ce sont nos idéalismes qui nous permettent de justifier notre violence. Notre clown est un réaliste, au présent : Il a fait le choix de la non-violence, et il nous exerce à ce courage. Parce que s’il faut du courage pour affronter nos peurs et reconnaître nos failles, il en faut encore plus pour choisir et affirmer la non-violence.

Le clown nous rend fort parce qu’il assume ce qu’il est.

"Le nez du Clown c’est le masque qui nous délivre de tous les autres" disait Jérôme Deschamp. Quand nous sommes dans notre clown, nous sommes vulnérables et nous avons en même temps toutes les audaces. Nous avons enfin le droit d’être nous-même ! L’Etrange paradoxe c’est parce que j’accepte enfin d’être faillible que je peux contacter ma vraie force. Là, II ne s’agit plus de prendre le pouvoir sur les autres , il s’agit d’exister dans notre puissance, en toute humilité.

Le clown, roi inversé se révèle comme une étoile dans la nuit de l’égo.

Savoir qu’il y a en nous ce clown naïf qui joue à l’imbécile pour nous faire rire de nos bêtises ou de nos travers. Savoir qu’il existe « Celui » qui accepte d’être tordu pour nous remettre à l’endroit et nous dédouaner de nos faiblesses c’est assurément retrouver la Force qui nous permet de faire face à nos peurs sans chercher forcément un coupable.

Responsable de moi à 100% grâce à mon clown, j’aurai peut-être moins besoin des autres pour combler mes vides, j’aurais peut-être un peu moins peur de perdre et du coup, j’aurai acquis un peu plus d’autonomie. Toutes autant de ressources qui me laisseront plus en paix avec moi-même et donc, en paix avec les autres. J’aurais au moins la satisfaction d’avoir appris le lâcher prise face à l’agression et j’aurai prouvé qu’il est possible d’avoir une vraie réponse non violente.

Laisser exister notre « Clown intérieur » c’est donner une chance de plus à la paix.

Claude Berthoumieux

Article publié le : mardi 27 juillet 2004, par Berthoumieux Claude - Mots-clés : Clown;

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